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By Pierre Ménard

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BINGO, de Marc Cholodenko

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1x
Rivière, de Lucien Suel
Rivière, de Lucien Suel
Rivière décrit le quotidien de Jean-Baptiste Rivière qui doit se reconstruire après la disparition brutale de sa femme Claire, son  grand amour. « Comment vivre encore quand les clartés de l’amour, de la connaissance, de la foi et de la raison s’éteignent brusquement, quand ce qui faisait le sel de la vie disparaît ? » Jean-Baptiste rafistole son chagrin en mettant les mains dans la terre, en empruntant des livres à la médiathèque, en tweetant également. Enfermé dans son chagrin, seul  avec son chien, dans son jardin, il se penche sur son passé, se souvient de sa rencontre avec Claire, de leur histoire d’amour, leurs voyages et la musique qu’ils écoutaient ensemble, tandis que la voix fantomatique de Claire s’insère en creux dans son récit. C’est finalement en se tournant vers les autres, en travaillant pour eux, dans  leur jardin, qu’il reprend pied peu à peu. Un roman fluide, épuré et lumineux sur un amour par delà la mort. Rivière, de Lucien Suel, Cours toujours, 2022
13:06
December 02, 2022
Corps flottants, de Jane Sautière
Corps flottants, de Jane Sautière
Les corps flottants sont des fragments du corps vitré, taches qui se déplacent avec les mouvements de l’œil. Dans ce récit, ils prennent différentes formes, tour à tour tâches, cigarettes, cicatrices ou fantômes. « Toute cette vie passée dans la fumée du rêve. Ne se souvenir de rien, si invraisemblablement peu. » Jane Sautière évoque son adolescence à Phnom Penh au Cambodge entre 1967 et 1970. Elle décrit les bruits de la nuit, la touffeur tropicale de la forêt. Les gens  qu’elle y côtoie. Camarades de classe, premières amours. L’éveil du désir dans ce pays qui va sombrer. Les massacres perpétrés par les Khmers rouges. Un livre sur la mémoire, ce qui a été vécu, en partie oublié, l’expérience de sa propre disparition, qui avance par bribes, en acceptant les aspects aléatoires et fragmentaires de la mémoire. La survivance « de ce qui aussi a été là, sans retour possible, mais présent et fragile, nous laissant incertains. » Corps flottants, de Jane Sautière, Verticales, 2022
14:01
November 18, 2022
Vivance, de David Lopez
Vivance, de David Lopez
David Lopez raconte l'échappée belle d’un homme qui décide du jour au lendemain de quitter son petit village à la recherche de son chat qui a disparu. Le roman raconte son vagabondage, à vélo sur les routes de France : la vie dans la nature, les villages qu’il traverse, les bars où il s’arrête, les gens qu'il rencontre. Vivance est à la fois le récit d'une quête intérieure, une réflexion sur nos existences, nos angoisses, nos échecs et nos doutes, le manque et l'ennui. C'est le portrait d'un homme qui ne sait pas quoi faire de la liberté dont il dispose. Un roman qui parvient à nous restituer le sentiment intérieur du monde, en mêlant différentes temporalités de cette errance singulière faite de tensions invisibles, la mise à l'écart et le jeu qui en découlent, coincé entre ce que l’on voudrait être et ce que l’on est vraiment, entre ce que l’on perçoit du monde et sa réalité. Vivance, de David Lopez, Seuil, 2022
13:07
November 04, 2022
Un singe à ma fenêtre, d’Olivia Rosenthal
Un singe à ma fenêtre, d’Olivia Rosenthal
En 1995, dans le métro de Tokyo, les adeptes de la secte Aum perpétuent des attentats au gaz Sarin. Plus de 25 ans après les faits, Olivia Rosenthal interroge de nombreux témoins, victimes des attentats ou proches de ces victimes, personnes qui se les rappellent ou peuvent les évoquer. Quelles traces a laissé cet événement dans la mémoire collective ? Le récit décrit en creux une société japonaise travaillée  par ses névroses dans laquelle il est très difficile d’oser dire les  choses, d’affronter le réel. À la fin de chaque chapitre, une série de questions très banales, sont soulevées à la deuxième personne du singulier. Des questions qui prolongent les réflexions que soulève le récit, la douleur de l’absence et de la disparition que cette expérience révèle à l’auteure, et qui permettent au lecteur de s’en emparer à son tour. Un singe à ma fenêtre, d’Olivia Rosenthal, Verticales, 2022
11:45
October 21, 2022
Variations de Paul, de Pierre Ducrozet
Variations de Paul, de Pierre Ducrozet
Paul Maleval voit les sons et les sent vibrer en lui. Sa synesthésie « s’étend bien au-delà d’un mélange de couleurs et de sons, de formes et de lumière, elle gagne sa vie entière. » Il voyage à travers le monde au gré des musiques qu’il invente. Il part à la découverte du jazz, du rock, du hip-hop, toujours à l’affût de nouveaux sons, à la rencontre  des précurseurs et des génies musicaux. Variations de Paul est une fresque sonore sur la transmission, une odyssée de la musique qui  entre en écho avec l’histoire du XXème siècle. « Chaque musique dit quelque chose du monde dans lequel elle est née. À nous de la déchiffrer. » Un roman réjouissant, tourbillonnant, vertigineux, une partition intime tout en harmonies inédites, envol et contre-point aux tonalités d’épopée. Variations de Paul, de Pierre Ducrozet, Actes Sud, 2022
12:44
October 07, 2022
En salle, de Claire Baglin
En salle, de Claire Baglin
Un job d’été à vingt ans dans un fast-food. Premiers pas dans le monde du travail qui rappelle celui du père. Deux récits alternés en deux temps qui s’entremêlent. D’un côté les souvenirs d’une enfance marquée par la figure d’un père ouvrier. De l’autre côté, un système de restauration dont l’unique but est de procurer à ses consommateurs un illusoire plaisir immédiat afin d’assurer productivité et profit décuplés. Un premier roman singulier dont l’économie de mots et la brièveté nous font ressentir la violence du caractère répétitif et dégradant de ce travail tout en nous révélant de l’intérieur ces modes de vies aliénant qui rendent dépendant d’un travail automatisé où consommation et production sont devenues indissociables. En salle, de Claire Baglin, Éditions de Minuit, 2022
10:15
September 23, 2022
Les sables, de Basile Galais
Les sables, de Basile Galais
 Dans une ville portuaire à l’atmosphère d’intranquillité, déstabilisante et déroutante, le paysage donne le vertige autant qu’il inquiète avec son climat mystérieux tout en clair-obscur.L’information sur les réseaux de la mort du Guide désole la foule éplorée des habitants, très vite démentie, transformée en fake news qui tourne en boucle sur les chaînes d’informations en continu. Chaque personnage livre à distance sa version imparfaite des faits, parcellaire. Leurs relations  se tissent au fil des chapitres « dans des couches de réalités indistinctes. » Sans doute est-ce dans cette instabilité constante que  se construit cette histoire de disparition et d’oubli, ce roman sur le temps et la mémoire, insaisissable et mouvant comme les sables. Ce premier roman singulier de Basile Galais, à l’écriture allusive et ciselée, basé sur la versatilité de la vérité et l’impermanence du réel, dans un monde instable où la vérité a disparu, est une expérience d’immersion dans un univers elliptique qui sans cesse nous échappe. Jusqu’au vertige. Les sables, de Basile Galais, Actes Sud, 2022
12:06
September 09, 2022
Musée Marilyn, d’Anne Savelli
Musée Marilyn, d’Anne Savelli
Il y a 60 ans disparaissait Marilyn Monroe, actrice, mannequin et chanteuse américaine, au sommet de sa gloire. De très nombreux livres ont été écrits sur la star hollywoodienne, essais et romans, mais aucun ne s’est réellement intéressé à la création de son image par la  photographie. Anne Savelli nous invite à découvrir les multiples  facettes de Marilyn Monroe que nous croyons tous connaître, en nous faisant visiter les salles d’une exposition imaginaire où chaque séance photo présente le travail de l’actrice et de la chanteuse, ainsi que sa  relation déterminante aux photographes qui l’ont prises en photo, complices ou duplices, parmi lesquels André de Dienes, Eve Arnold, Milton H. Greene, Cecil Beaton, ou Richard Avedon. Pendant toute sa carrière, Marilyn Monroe n’oubliera jamais l’importance de l’image pour marquer les esprits et rester longtemps dans les mémoires du public. Ce livre passionnant nous montre un visage méconnu d’une Marilyn au-delà des clichés, saisi dans cette surexposition qui, tout en la rendant  célèbre, inoubliable, aura été également à l’origine de sa chute. « S’exposer, on le sait, possède deux acceptions : c’est se montrer aux autres, mais aussi se mettre en danger ». Musée Marilyn, d’Anne Savelli, Inculte, 2022
15:39
August 26, 2022
Terres voraces, de Sylvain Estibal
Terres voraces, de Sylvain Estibal
Le récit de Sylvain Estibal se déroule dans le Guerrero, un État du sud-ouest du Mexique. Une jeune fille est enlevée un soir de match de finale de foot avec le Barça alors que la jeune fille portait le maillot de son idole Lionel Messi. Lucia, sa mère, ne peut se résoudre à ne pas savoir où sa fille se trouve, alors elle fouille les fosses, se rend à la morgue, elle interroge, elle enquête, elle creuse dans les clairières, partout où des corps sont enterrés à la va-vite par les gangs, les cartels. « Dans cette éclipse de l’être aimé, cette  incompréhension. Avec ces questions qui n’en finissent pas. Ce supplice de l’esprit, cette impossibilité du deuil, ce déchirement ». Un roman dense et incisif sur le poignant combat de cette mère qui continue à se battre malgré la peur, la corruption et les menaces. Une lutte qui rappelle l’engagement des milliers de familles de desaparecidos d’Amérique Latine, plongées dans l’horreur criminelle aveugle et cruelle. Terres voraces, de Sylvain Estibal, Actes Sud, 2022
12:59
August 12, 2022
Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado
Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado
Dans la maison rêvée raconte les émois du début de la relation amoureuse d’un couple de femmes dans laquelle la violence s’installe insidieusement et dans la brutalité des disputes, les tensions, l’envie de faire mal à l’autre. Le roman prend la forme d’un kaléidoscope de courts chapitres placés sous le signe d’une forme ou d’un style littéraire (voyage dans le temps, confession, roman d’apprentissage, texte érotique, livre dont vous êtes le héros, etc.) fournissant chacun par leur titre un angle d’approche différent sur le sujet de la violence à l’intérieur du couple, et dans ce cas présent à l’intérieur du couple lesbien. L’auteure construit un thriller psychologique et intime, en utilisant toutes les ressources de son art de conteuse et de nouvelliste. Dans la maison rêvée, de Carmen Maria Machado (traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Cohen), Christian Bourgois éditeur, 2021
11:55
July 29, 2022
Provisoires, de Christophe Manon
Provisoires, de Christophe Manon
Provisoires de Christophe Manon développe cinq séries de poèmes distincts d’un point de vue formel qui saisissent l’éphémère de nos vies, l’intensité de l’instant, « passions joies / détresses et rage », la beauté du monde, malgré l’écoulement irrépressible du temps. « Le temps / et non l’instant ni l’éternité qui délivre / de cette dérisoire succession d’épiphanies cette / profusion d’effrois de larmes lumineuses. » La poésie de Christophe Manon nous restitue ce qui échappe dans les émotions, leur surgissement brutal, « éblouis et bien qu’éprouvés / par les aléas d’un réel équivoque / prodigue en corps taciturnes / et sourire différés », ce que l’on ne sait pas toujours dire, exprimer ou ressentir sous la surface des jours, quand leur intensité nous submerge, dans la confusion du temps qui passe et du temps passé « comme si c’était demain hier déjà. » Provisoires, de Christophe Manon, Éditions Nous, 2022
12:16
July 15, 2022
Journal de nage, de Chantal Thomas
Journal de nage, de Chantal Thomas
Dans le journal de son été 2021, entre Nice et Paris, Chantal Thomas poursuit l’entreprise entamée en 2017 avec Souvenirs de la marée basse, portrait de sa mère en nageuse. Nager pour elle, c’était s’émanciper,  s’éloigner, s’ouvrir au monde, se lâcher, s’abandonner, offrir son corps nu au plaisir. Chantal Thomas pratique la nage et non la natation, précision importante. « Tout ce qui n’est pas immergé avec moi, à l’instant, s’irréalise. » Elle éprouve toutes le sensations du plaisir  de la nage, de la détente du corps dans une eau plutôt fraîche, au mois  de juin. Elle convoque les œuvres de Roland Barthes, William Finnegan, Victor Hugo, Franz Kafka, Patrick Deville, Paul Morand, ou bien encore Charles Sprawson, qui viennent ponctuer sa réflexion personnelle, au fil de ses rencontres ou de ses observations sur la plage ou dans les rochers. Le charme d’un monde dont elle saisit l’éclat le plus fugitif. Journal de nage, de Chantal Thomas, Éditions du Seuil, Fiction & Cie, 2022
11:11
July 01, 2022
BINGO, de Marc Cholodenko
BINGO, de Marc Cholodenko
Le bingo est un jeu de probabilité dans lequel les joueurs marquent des numéros sur des cartes, les numéros sont ensuite tirés au hasard par  un appelant, le gagnant est la première personne à marquer tous ses numéros. Chaque phrase est précédée d’un nombre comme dans la grille de jeu qui donne son titre au livre. Chaque phrase efface la précédente qui efface la suivante. Ce n’est pas l’ordre mais le sens de la lecture qui  est questionnée ici avec ironie. L’ensemble des fragments se répète en retrouvant leur ordre initial, dans le mouvement de leur écriture, mouvement nous échappant toujours tout en nous faisant signe. L’enjeu n’est pas de s’attarder à saisir toutes les pensées qui sont développées, il faut se laisser porter par des mots dont on ne sait pas, s’ils sont là en tant que signifiants ou s’ils se dressent d’eux-mêmes,  graphiquement : « Salies, non les idées ne peuvent pas être, mais échevelées et défaites par l’amour qui les a portées jusqu’à cet état qui empêche de les remettre dans le commerce d’où elles furent tirées ». BINGO, de Marc Cholodenko, P.O.L., 2022
12:29
June 17, 2022
Aby, de Marie de Quatrebarbes
Aby, de Marie de Quatrebarbes
L’historien de l’art Aby Warburg accumule frénétiquement des documents de toutes espèces. Sa passion des archives se transforme en obsession. Après une expérience traumatisante de la Première Guerre Mondiale, « attelé à l’organisation névralgique du chaos » Warburg se sent pris au piège. Il est interné à la clinique Bellevue, en Suisse, où  il est suivi par le psychanalyste Ludwig Biswanger. Pour son premier roman, Marie de Quatrebarbes, retrace cette crise psychique dans un récit dont la chronologie s’éloigne volontairement de celle d’une biographie traditionnelle au déroulement linéaire, procédant plutôt comme l’historien lui-même, « par montage et associations, » « bonds et décalages. » Elle nous offre un portrait intime et fascinant de cet homme qui « espère trouver la porte de sortie de cette nuit interminable dans laquelle le monde est plongé. » Aby, de Marie de Quatrebarbes, P.O.L., 2022
15:45
June 02, 2022
Autoportrait aux fantômes, de Didier Blonde
Autoportrait aux fantômes, de Didier Blonde
Didier Blonde convoque la littérature, la photographie et le cinéma  pour évoquer les lieux détruits, les anonymes oubliés des cimetières, les personnages de roman, les actrices, les metteurs en scène de cinéma. Il se remémore également la figure de son grand-père revenu de la guerre et de son père dont la présence l’accompagne dans l’écriture. Un autoportrait en forme de variations autour d’une série de fragments, une suite de figures oubliées et d’images du passé qui se réincarnent au fil des textes. Un récit peuplé d’ombres, de lieux spectraux, d’adresses imaginaires, un monde qui n’est ni le monde réel ni l’imaginaire, mais l’entre-deux, cette présence indécise, ce « royaume intermédiaire » que l’auteur nous restitue avec la distance des rêveries à la fois légères et profondes. Autoportrait aux fantômes, de Didier Blonde, Gallimard 2022
14:40
May 20, 2022
Mouron des champs, de Marie-Hélène Voyer
Mouron des champs, de Marie-Hélène Voyer
Mouron des champs, suivi de Ce peu qui nous fonde, de Marie-Hélène Voyer, rend hommage à sa mère disparue, ainsi qu’à toutes les femmes « nées pour être effacées femmes fades et navrantes secouées d’étranges tristesses ». Elle dresse le portrait de « femmes embaumées d’ombres », des « petites reines de rien couronnées d’épinettes », des « mères braves et vives dans leurs odeurs d’épuisement » et de « gouailleuses pleines d’entrain ». « L’histoire d’une voix déprise de l’écheveau rumineux des lignées lourdes l’histoire d’une voix cénotaphe qui cherche à retrouver ses mortes quelque part entre ses mains là où l’écriture fait tache ». Un texte poétique, intense et émouvant, entre récitation de blessures et collection de consolations, sur la filiation, l’amour et le deuil, où les voix d’antan et celles d’aujourd’hui concordent dans le jeu des temps. Mouron des champs, de Marie-Hélène Voyer, La Peuplade, 2022
11:07
May 06, 2022
L'instant précis où Monet entre dans l'atelier, de Jean-Philippe Toussaint
L'instant précis où Monet entre dans l'atelier, de Jean-Philippe Toussaint
Ce court texte de Jean-Philippe Toussaint, composé de neuf longs paragraphes qui débutent tous par la même phrase, l’ouverture de la porte de l’atelier de Claude Monet à Giverny, nous invite à pénétrer dans l’atelier du peintre, à explorer ce moment où l’artiste, au seuil de sa vie, s’est réfugié dans son atelier, à l’abri des menaces de la guerre qui gronde, pour travailler aux grands panneaux décoratifs des Nymphéas. Cette scène qui se répète au fil du temps, se diffracte entre l’ombre de la nuit et la lumière du jour, dans l’oscillation et l’incertitude d’un regard « entre la vie et l’art, il est à la fois arrêté dans l’image et en mouvement dans le temps », au moment précis où le peintre, à la fin de sa vie, poursuit inlassablement l’inachèvement de son chef d’œuvre. L’instant précis où Monet entre dans l’atelier, de Jean-Philippe Toussaint, Minuit 2022
12:30
April 21, 2022
Les corps caverneux, de Laure Gauthier
Les corps caverneux, de Laure Gauthier
Le récit poétique de Laure Gauthier se construit en sept séquences dont l’allusion à l’excitation sexuelle du titre Les corps caverneux semble « tracer des signes secrets » derrière ces anatomies désirantes.  Ces poèmes narratifs explorent en autant de variations, ces cavernes multiples.  « Une musique garde en mémoire un chant dans la grotte qui refait  surface. » À la fois cavernes où bruissent les désirs, « l’idée de nos  grottes résonne de chair », les joies organiques de l’adolescence,  l’heure de la mort, comme à l’orée d’un bois, lors d’une promenade en  forêt, en vrac de soi, ces espaces vides, et les failles que  notre société de consommation tente de combler par tous les moyens, dans  les grandes surfaces, les galeries marchandes, et les échos qu’elles  provoquent avec les cavernes préhistoriques. « Une grotte qui se  reconstruirait au jaillissement des mots, dont l’empreinte se marque,  vivante, une écume de mots enterrés vifs qu’on déterre et entre une  brise. » Les corps caverneux, Laure Gauthier, LansKine, 2022
10:12
April 08, 2022
Vide sanitaire, de François Durif
Vide sanitaire, de François Durif
À sa sortie des Beaux-Arts, François Durif devient croque-mort  pendant trois ans pour gagner sa vie, avant de retrouver finalement une pratique artistique. L’auteur décrit son quotidien aux pompes funèbres, chronique ses « passages à vide », revenant sur son enfance, sa découverte des lieux de drague homosexuelle à Paris, et son parcours artistique. Ce récit suit la narration itinérante d’une de ses performances promenées au cimetière du Père-Lachaise. Entre souvenirs marquants, histoire des cimetières, réflexion sur la mort, références à des auteurs qu’il apprécie comme Michel Foucault : « L’hétérotopie par excellence, écrit le philosophe, c’est le cimetière, car il fait partie de ces lieux qui marquent autant de seuils dans l’espace que de césures dans le temps. » Un récit introspectif, singulier et sensible sur ces espaces aux multiples temporalités qui offrent la possibilité de « tisser des récits qui rendent compte de ces discontinuités. » Vide sanitaire, François Durif, Verticales, 2021
12:50
March 24, 2022
Précipitations, de Sophie Weverbergh
Précipitations, de Sophie Weverbergh
Pétra a trente-sept ans, enceinte de son deuxième garçon, et belle-mère de deux autres enfants. Elle se sent incompétente dans son rôle de mère et surtout celui de belle-mère. Laver, plier, repasser, ranger. L’enchevêtrement des tâches domestiques la rassure : « L’éternel retour du même, ce recommencement maternant, la démultiplication des tâches ménagères, la flopée de corvées » qui lui bouche les oreilles et remplit son temps, ses creux, son vide. Elle glisse tout doucement dans l’introspection de sa vie qu’elle trouve insipide, se sentant sans cesse jugée, inutile. On suit sa lente descente aux enfers, entre ses réflexions sur son quotidien de femme et de mère au foyer, qui surgissent entrecoupées de ritournelles et de comptines de chansons qui donnent du rythme et un ton faussement enjoué au livre. Un roman singulier, caustique et saisissant, qui restitue avec justesse le malaise de cette femme qui souffre de psychose périnatale. Précipitations, Sophie Weverbergh, Verticales, 2022
12:50
March 10, 2022
L’amour la mer, de Pascal Quignard
L’amour la mer, de Pascal Quignard
L’amour la mer raconte la vie et les amours de plusieurs  musiciens dans l’Europe du XVIIème Siècle, sur fond d’épidémie, de  famines et de guerres de religion. Les voix des personnages se déploient  librement, s’assemblent et s’éloignent. Les chapitres, courtes  vignettes et brèves scènes, se tissent de manière subtile,  imperceptible, se superposant dans un flux temporel, figures  interchangeables d’un jeu de cartes qui fait évoluer le sens du récit à  mesure que les cartes sont battues, comme s’ils se diluaient dans leurs  jeux, leurs dialogues et leurs monologues, hors de toute psychologie. Un  roman polyphonique sur l’amour, la création et la mort. « Que  reste-t-il de l’amour quand l’amour, à l’évidence, n’est plus ?  Tellement de choses qu’il est impossible de les énumérer. Tout un monde.  Continue le mouvement qui l’initia. N’a pas de fin l’essentiel. » L’amour la mer, Pascal Quignard, Gallimard, 2022.
13:16
February 25, 2022
La nuit de Rachel Cooper, de Christine Jeanney
La nuit de Rachel Cooper, de Christine Jeanney
Le livre de Christine Jeanney est un livre d’art et d’essai. Une lecture de La nuit du chasseur, l’unique film du comédien Charles Laughton, et en même temps le rêve de ce film. L’autrice raconte à plusieurs reprises l’histoire du film, bien consciente que « cette Nuit ne peut pas être résumée. » Elle s’appuie également sur un texte de Marguerite Duras pour en prendre le contre-pied, en faisant remarquer qu’elle « croit raconter une histoire, mais cette histoire n’existe pas. Elle la reprend, comme on reprend un tissu, comme on reprend une composition, et elle fabrique une histoire autre, capable de s’adresser à elle. Une histoire qui la regarde. » Elle convoque également d’autres artistes, parmi lesquels Louise Bourgeois, Ingmar Bergman, François Truffaut. « Lorsqu’on aura fini d’entendre cette histoire (fini de la lire, de la regarder, de l’écouter, de la penser), on se sentira un peu incrédules, parce qu’on ne saura pas réellement ce qui s’est passé, comme au quotidien, certains jours. » La nuit de Rachel Cooper, Christine Jeanney, Publie.net, 2022
13:51
February 11, 2022
Une sortie honorable, d'Éric Vuillard
Une sortie honorable, d'Éric Vuillard
Dans ce court récit, Éric Vuillard s’empare à nouveau d’un pan de l’Histoire (comme il avait pu le faire avec le nazisme dans L’ordre du jour (Prix Goncourt en 2017), pour s’arrêter cette fois-ci sur la guerre d’Indochine. Il dresse un portrait au vitriol de la Quatrième République moribonde, dont il caricature avec délice et férocité les principaux acteurs, vils et calculateurs : notables bouffis, nobles consanguins, maires et députés à vie, indéboulonnables du Palais Bourbon. Il y dénonce la complaisance et la compromission des élites au pouvoir, la collusion des hommes politiques avec le complexe militaro-industriel, incapables de se résoudre à l’inévitable, à accepter et accompagner l’indépendance des colonies qui ont enrichi leurs entreprises mais qui aspirent à la liberté. L’auteur restitue un pan tragique de notre histoire, avec un regard critique, incisif, affûté, une hauteur de vue salutaire qui met en lumière le cours tumultueux des événements de l’époque jusque dans leur écho actuel. Une sortie honorable, Éric Vuillard, Actes Sud, 2022
13:21
January 27, 2022
Partout le feu, d'Hélène Laurain
Partout le feu, d'Hélène Laurain
Laetitia vit en Lorraine, cimetière à déchets nucléaires en devenir. « Une région / triste comme une salle de cinéma vide / en pleine projection. » Avec sa bande d’amis, Taupe, Fauteur, Thelma, Dédé, elle cherche à dénoncer la catastrophe écologique en cours. Elle se demande comment remplacer la délétère fiction capitaliste qui l’accompagne depuis sa naissance. Elle s’accroche à l’action collective afin de mettre de l’ordre dans le chaos du réel, dans le monde qui s’effrite autour d’elle : « ce qui nous rassemble / c’est quelque chose de plus / de plus incandescent / on peut seulement faire semblant / un temps / jusqu’à ce que le désir de feu / nous rattrape. » Dans ce premier roman radical, sans ponctuation, glissant d’une ligne à l’autre, entre flux de pensée, voix qui dialoguent, SMS et Post-it, retours en arrière et grandes envolées, Hélène Laurain propose un contre-récit à l’idéologie dominante dans un monde en transition. Partout le feu, Hélène Laurain, Verdier, 2022
10:10
January 13, 2022
Archéologies ferroviaires, de Bruno Lecat
Archéologies ferroviaires, de Bruno Lecat
« Écrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir. » Cette phrase de Rhizome que Bruno Lecat place en exergue de son livre décrit parfaitement son projet. L’auteur nous convie à une déambulation à partir de la gare désaffectée de Vendargues-Montpellier. Il inspecte méticuleusement les vestiges de cette voie de chemin de fer, dissimulée à certains endroits par une envahissante végétation, il relève in situ les signes et  signaux ferroviaires, les traces (marques et manques) du terrain à l’abandon, reliquats techniques et dépôts d’objets, en adoptant des points de vue variés afin de faire affleurer toutes les strates du lieu, de l’endroit comme de son envers. Ce livre restitue, à l’aide de cartes, de photographies, de dessins, de relevés topographiques, de souvenirs de voyages, de références cinématographiques et d’évocations littéraire), toute la poésie buissonnière des voies ferrées. Archéologies ferroviaires, Bruno Lecat, éditions JOU, 2022
09:19
December 31, 2021
La Cavalière, de Nathalie Quintane
La Cavalière, de Nathalie Quintane
Ce récit retrace l’histoire de Nelly Cavallero, « prof de philo », inculpée d’« incitation de mineurs à la débauche » et radiée de l’éducation nationale en 1976, au lycée de Digne-les-Bains où enseigne aujourd’hui ­Nathalie Quintane. Il ne s’agit pas réellement d’une enquête, mais d’une succession de conversations, de réflexions, d’interrogations et d’informations glanées au fil de lectures, de rencontres, de discussions avec des amis et des témoins. « Ce travail n’est pas la reprise d’un scandale ni même celle d’un fait divers mais une mise à jour pour aujourd’hui. » Ce récit débridé revient sur l’actualité des luttes d’un temps où la révolution était proche, il esquisse le portrait de l’école des années 1970 et questionne en creux  notre société et ses dérives. À Cheval entre les deux époques. « Ce livre tâche de mettre le passé au présent, et bien plus s’il est de littérature, le présent au présent. » La Cavalière, de Nathalie Quintane, P.O.L., 2021
12:21
December 17, 2021
Cave, de Thomas Clerc
Cave, de Thomas Clerc
Dans Intérieur, son précédent ouvrage, Thomas Clerc décrivait scrupuleusement son appartement. Une pièce importante manquait, la cave, qui est le lieu de ce livre. Dans les recoins de cette pièce négligée, l’écrivain découvre un passage secret, sur les murs duquel un flux d’images se déverse. La cave devient alors métaphore de sa vie privée qui défile comme les images des films qui s’y projettent, comme si l’endroit devenait le révélateur de ses fantasmes et de sa vie sexuelle. Une expérience mentale et sensorielle qui tente de restituer la complexité de sa personnalité. Ce livre se présente sous une forme hybride, mêlant descriptions, souvenirs, anecdotes, citations, extraits de textes, de chansons, de films, à la fois autobiographie, réflexion sur la mémoire, exploration familiale, récit du désir et de ses désarrois : « memorandum qui part dans tous les sens. » Cave, de Thomas Clerc, Gallimard, collection L’Arbalète, 2021
11:43
December 03, 2021
Ultramarins, de Mariette Navarro
Ultramarins, de Mariette Navarro
La commandante d’un cargo, très rigoureuse et professionnelle, accepte d’arrêter son navire au milieu de l’océan et autorise contre toute attente les marins à se baigner en haute mer. Le bateau flotte au milieu de l’océan. Un temps suspendu, une parenthèse pour ces hommes toujours soumis aux routines, aux obligations, comme pour elle, restée à bord, qui les observe du haut du cargo. Un moment de partage également, de sensualité, de laisser aller, de lâcher prise. Une renaissance. « L’espace d’une seconde ils renversent l’ordre des choses, peut-être que quelque part des oiseaux prennent leur envol à l’envers ou qu’une rivière, d’un coup, remonte à sa source : voilà ce qu’ils pressentent, en vrac, et chacun dans sa langue ». Un roman envoûtant et vertigineux, à la fois métaphysique et fantastique. Ultramarins, de Mariette Navarro, Quidam éditeur, 2021
13:28
November 18, 2021
La fille qu’on appelle, de Tanguy Viel
La fille qu’on appelle, de Tanguy Viel
Laura, jeune mannequin, cherche un logement, éventuellement un travail dans une ville bretonne. Sur les conseils de son père Max, ancien boxeur devenu chauffeur du maire, elle sollicite un entretien avec ce dernier, qui va bientôt devenir ministre. Comme dans son précédent roman Article 353 du code pénal, Tanguy Viel met en scène des rapports de force, d’abus de pouvoir, de domination masculine, des relations d’emprise sociale et sexuelle. Ces mécanismes pervers sont explorés avec beaucoup de finesse, tout comme la complexité de l’ambivalente notion de consentement. Si l’intrigue policière du roman prend au départ la forme d’une déposition, c’est dans ce rapport de forces que l’histoire se développe et explore la dimension psychologique, de ces tensions, de cette domination sociale. La fille qu’on appelle, de Tanguy Viel, Éditions de Minuit, 2021
08:35
November 05, 2021
Hors gel, d’Emmanuelle Salasc
Hors gel, d’Emmanuelle Salasc
Hors gel est le dixième livre d’Emmanuelle Salasc chez P.O.L. après neuf ouvrages parus sous le nom d’Emmanuelle Pagano. Ce roman raconte, dans un présent à peine anticipé, une double menace. Celle d’un glacier, dont la poche d’eau souterraine risque d’éclater et d’emporter tout sur son passage, et celle du retour de la sœur jumelle de la narratrice, disparue pendant trente ans. Un récit fait d’allers-retours entre passé et présent, paysages et personnages, vie intime et milieu de vie, inscrivant avec sensibilité la puissance d’un drame familial dans les tourmentes d’un paysage menaçant. Hors gel, d’Emmanuelle Salasc, P.O.L, 2021
13:48
October 22, 2021
Il était une fois sur cent, d'Yves Pagès
Il était une fois sur cent, d'Yves Pagès
Comme il l’avait fait dans sa collecte de plus de 4000 graffitis urbains du monde entier, retranscrits dans son ouvrage Tiens, ils ont repeint ! Yves Pagès a glané pendant plusieurs années, des centaines de  statistiques sur des sujets très variés. Ce vertigineux inventaire, qui  place sur un pied d’égalité des choses apparemment sans rapport entre  elles, reconstitue par fragments, accumulation et poésie, le tableau  d’une société obnubilée par une approche comptable des phénomènes les  plus divers, ainsi que l’omniprésence de la statistique dans la façon  dont nous analysons le monde contemporain. Un texte réjouissant et  salvateur, cocasse et caustique, qui nous invite à porter à notre tour  un regard critique et un peu désabusé sur notre époque. Il était une fois sur cent. Rêveries fragmentaires sur l’emprise statistique, d’Yves Pagès, Zones éditions, 2021
15:23
October 07, 2021
Plasmas, de Céline Minard
Plasmas, de Céline Minard
Le livre de Céline Minard décrit une Terre devenue inhabitable, où la nature telle que nous la connaissons a cessé d’exister, désormais recréée de toute pièce, dans des bulles, un univers dans lequel vivent de nombreuses créatures à l’intelligence supérieure à celle des humains, où des bots enregistrent les données humaines. Les dix chapitres du livre fonctionnent de manière autonome qui s’enrichissent les uns les autres, points de vue variés sur un univers post-apocalyptique dont nous découvrons peu à peu les lois. Avec son écriture d’une précision remarquable, fine et ciselée, l’auteure brise la linéarité de son récit pour nous entrainer dans un tourbillon de sensations d’univers différents, oniriques, comme autant de perspectives imaginaires et poétiques sur l’avenir possible de l’humanité, une manière d’envisager nos futurs incertains. Plasmas, de Céline Minard, Rivages, 2021
15:57
September 24, 2021
G.A.V., de Marin Fouqué
G.A.V., de Marin Fouqué
G.A.V., c’est l’abréviation de garde à vue, et la plus grande partie du récit de Marin Fouqué se déroule, en effet, pendant le séjour contraint de quelques interpelés, tout au long d’une nuit, dans les différentes cellules d’un commissariat. Parmi eux, il y a Angel, arrêté en possession du sac de son copain S-Kro et la barre de shit qu’il contenait. Il y a K-vembre qui travaille comme intérimaire dans un entrepôt logistique, écrivaine en attente d’édition. Il y a également un vieux maghrébin et trois Black Blocks, des gauchistes radicaux arrêtés en marge d’une marche pour le climat, un cadre en dégrisement, un flic désabusé, exténué, et un adolescent souffre-douleur. Un roman choral, où, dans l’effervescence de cette étouffante nuit, chacun dans le huis-clos de sa cellule raconte à sa manière sa vérité, sa détresse et sa colère : le racisme, le patriarcat, l’inhumanité des cadences et de la robotisation du travail, la misère sociale, et les violences policières. Un chant de résistance à toutes les oppressions, dans une  langue rythmée et syncopée. G. A. V., de Marin Fouqué, Actes Sud, 2021
12:45
September 10, 2021
La semaine perpétuelle, de Laura Vazquez
La semaine perpétuelle, de Laura Vazquez
Sara chante et se filme, Salim diffuse des vidéos sur Internet et écrit des poèmes qu’il envoie à son ami Jonathan. Ils passent leurs journées sur Internet où ils s’informent du monde et où ils communiquent entre eux sur les réseaux avec un étonnant détachement. Leur grand-mère est à l’hôpital. Leur père « rêve d’une éponge qui lave le passé. » Ce premier roman de Laura Vazquez décrit un univers singulier où « les objets sont entourés de l’idée d’eux-mêmes », où « les pensées ne connaissent pas leur direction. Elles ne vont jamais quelque part. Elles n’ont pas de destination. Chaque pensée forme une route et les routes forment une carte à l’intérieur de la personne ». Une histoire de famille éclatée en forme de quête poétique, dont la langue inventive, éruptive, donne la parole aux choses et voix aux chapitre, saisissant avec vivacité et jovialité, notre monde connecté. La semaine perpétuelle, de Laura Vazquez, Éditions du Sous-sol, 2021
11:60
August 27, 2021
Châtelet-Lilas, de Sébastien Ortiz
Châtelet-Lilas, de Sébastien Ortiz
Un conducteur de métro de la ligne 11 qui traverse du sud au nord la  rive droite Parisienne, se met soudain à capter très distinctement les pensées, forcément secrètes, de ses passagers. Leurs souvenirs comme leurs fantasmes, leurs nobles sentiments comme leurs haines mesquines.  « Ils ne me connaissent pas, ils ne me verront jamais, mon histoire jamais ne leur sera dévoilée quand je peux lire la leur comme dans un livre ouvert ». Il décrit, en douze haltes (comme les douze travaux d’Hercule) cette ligne qui est devenue son univers quotidien, dont il connaît en détails les moindres contours et particularités de chaque station. Une plongée dans l’imaginaire urbain et dans la multiplicité des peurs et des ­désirs de notre époque. Un voyage palpitant et poétique. Châtelet-Lilas, de Sébastien Ortiz, Gallimard, 2021
14:23
August 13, 2021
961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi
961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi
Ryoko Sekiguchi se rend en 2018 à Beyrouth où elle reste presque un mois et demi pour faire le portrait de la ville à travers sa cuisine : les gestes de ceux qui la font, ceux qui l’apprécient et la partagent, les histoires racontées par les habitants. « L’acte de manger s’accomplit par étapes : humer les odeurs, regarder le plat, écouter les frémissements de la cuisson, ou le couteau qui tranche, tâter de la main ou de la fourchette, mettre un morceau à la bouche, chaque chose en son temps, chaque sensation en léger différé d’avec les autres. » Il n’y a pas de recette pour écrire un livre sur une ville comme Beyrouth, mais un ensemble de fragments qui retracent les rencontres de l’auteure, ses échanges, les références littéraires, artistiques, historiques, qui se mêlent aux souvenirs personnels, tissant des correspondances entre tous les lieux traversés, et ce rapport intime à la cuisine où tout est mis sur la table, à la façon d’un mezze. 961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi, P.O.L., 2021
10:28
July 30, 2021
Sœur(s), de Philippe Aigrain
Sœur(s), de Philippe Aigrain
Philippe Aigrain s’est fait connaître par ses ouvrages et ses prises de position sur la défense des libertés, des communs culturels, du domaine public, du partage à l’heure du numérique et pour sa poésie. Avec ce premier roman, il mêle plusieurs voix qui se croisent dans un univers labyrinthique. Un homme reçoit un message énigmatique d’une femme qui prétend être sa sœur et lui demande de l’aide. Elle lui rappelle cette sœur imaginaire de son enfance. Les services de renseignements sont sur le qui-vive suite à la disparition et aux suicides d’hommes ayant été approchés par des femmes sans identité, intraçables, dont le seul point commun est d’être ébahies. Un roman sur la surveillance généralisée et les modifications qu’elle induit sur nos comportements, notre identité, notre rapport à l’autre, dont la poésie nous invite à nous laisser surprendre, à rester ouverts aux autres, disponibles et généreux, en un mot ébahis. Sœur(s), de Philippe Aigrain, Publie.net, 2020
19:47
July 16, 2021
Noire substance, de Séverine Daucourt
Noire substance, de Séverine Daucourt
Le livre aborde, avec une grande force d’écriture, de manière objective et sans complaisance, la maladie de Parkinson et la dégénérescence qu’elle produit, plus exactement sur le regard que porte une jeune femme sur le déclin de son père atteint de cette maladie, son rapport au corps, à la douleur, au temps qui passe. « Dans cette maladie, le visage ne lutte plus, ni contre l’apesanteur ni contre la laideur : bajoues fatiguées, cernes bistres, rougeurs dues aux traitements. Les yeux sont comme toujours, voilés, les cils englués. Le regard ne voit plus, il traverse les choses, se noie à leur côté. Le vieux est absorbé, loin, extrait de tout, y compris de sa pensée. Rien ne le concerne. » Ce récit très court se présente sous la forme d’un compte-à-rebours. Un beau texte sur la vie, ses épreuves, la solitude face à la maladie et à la perte. Noire substance, Séverine Daucourt, Lanskine, 2020
10:49
July 02, 2021
Requiem pour la jeune amie, de Gilles Leroy
Requiem pour la jeune amie, de Gilles Leroy
Plus de trente ans après la disparition violente d’une amie, le  souvenir profondément enfoui de la jeune femme ressurgit. Par bribes, le narrateur reconstitue leur histoire, leur coup de foudre amical. Ce roman dessine le portrait sensible de cette jeune femme libre et met en scène leur amitié remarquable. Il est en vacances dans le Sud de la France, quand il apprend que son amie a été violée et tuée dans le parking de son immeuble, à Vincennes. Dans Requiem pour la jeune amie, l’amour et la mort sont indissociablement liés même si l’auteur préfère se souvenir des instants vibrants de vie partagés. Les souvenirs  affluent, les longues phrases dansent sur la page, avec leur musique  lancinante et triste, poignant témoignage d’amitié parcouru d’éclats de vie, de rire, de mélodies rythmées et de nuits endiablées. Un récit vibrant, nostalgique mais radieux, qui raconte l’histoire d’une amitié perdue. Requiem pour la jeune amie, Gilles Leroy, Mercure de France, 2021.
09:11
June 18, 2021
Le neveu d’Anchise, de Maryline Desbiolles
Le neveu d’Anchise, de Maryline Desbiolles
Aubin garde un souvenir mémorable et douloureux de son Grand Oncle, Anchise, un soir d’orage où les abeilles de son rucher avaient attaqué sa mère et lui. Le jeune homme s’échappe quelques heures du purgatoire familial et part se dépenser à grandes foulées. Il se réfugie sur les hauteurs du village où se situait l’ancienne maison d’Anchise deux décennies plus tôt, avant que le vieil apiculteur ne « s’immole dans sa voiture ». La maison à l’abandon est en voie de démolition, bientôt les engins de travaux viendront y construire une déchetterie ultramoderne, triomphe du recyclage dans une société de consommation. Aubin y rencontre Adel qui lui ouvre l’horizon, lui fait découvrir la musique de Chet Baker, et l’aide à se révéler. Le neveu d’Anchise de Maryline Desbiolles est un roman initiatique, poétique, rythmé et lumineux. Le neveu d’Anchise, Maryline Desbiolles, Seuil, 2021
12:40
June 03, 2021
Zoner, de Bernard Chambaz
Zoner, de Bernard Chambaz
L’auteur fait plusieurs fois le tour des boulevards des maréchaux dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, parcourant cette ceinture parisienne aujourd’hui doublée par le périphérique. Il remonte ces boulevards le long des immeubles bâtis au siècle précédent. Son lent cheminement lui permet « d’avancer par retouches et reprises, au gré de ce ravaudage à quoi ressemble un peu – tout compte fait – ce qu’on  nomme la littérature ». Poète, romancier et flâneur, Bernard Chambaz contemple, observe, décrit les lieux traversés en ravivant le souvenir des noms propres qu’il sort de l’oubli. Un ensemble de strates qui se superposent ou s’effacent de ces lieux en marge de la ville. Et c’est l’impression palimpseste qui se dégage à la lecture, celle d’une promenade au cœur des paysages, des bâtiments et des rues de Paris. Zoner, Bernard Chambaz, Flammarion, 2021
11:34
May 21, 2021
À la folie, de Joy Sorman
À la folie, de Joy Sorman
Joy Sorman s’est rendue une fois par semaine, pendant un an, en observatrice, dans une unité psychiatrique. Ce récit documentaire en immersion, entre enquête et roman, restitue dans une approche directe différents témoignages de cadres de santé, infirmiers, intermédiaires,médecins, et de patients rencontrés lors de  ses visites : schizophrènes, paranoïaques, bipolaires. L’autrice évite le voyeurisme d’une galerie de portraits au-dessus d’un nid de coucou en mettant tout son talent romanesque pour relater l’enfermement et la surveillance des malades. Elle s’efface discrètement derrière la parole de ceux qu’elle côtoie pour nous faire découvrir la personnalité des soignés et des soignants ainsi que les protocoles mis en œuvre par ces derniers, en interrogeant la définition artificielle de normalité. Un témoignage sur la psychiatrie d’aujourd’hui en même temps qu’une réflexion sur la folie. À la folie, Joy Sorman, Flammarion, 2021
09:24
May 07, 2021
Vie nouvelle, de Michaël Trahan
Vie nouvelle, de Michaël Trahan
Michaël Trahan poursuit dans ce livre une démarche entreprise avec Nœud coulant et La raison des fleurs, ses deux premiers ouvrages qui cherchaient à dire la vérité d’une  douleur, un triptyque poétique qui, même s’il creuse des thèmes proches, se présente sous des formes différentes. La mention poésie ne figure pas sur la couverture du livre, mais il s’agit bien de poésie, instaurant dans sa forme forme hybride un dialogue entre vers, prose, journal, monologue de théâtre, réflexion et citation. La forme que l’auteur travaille est celle du livre, le rêve de sa forme en devenir. Le titre de l’ouvrage provient d’une phrase de Barthes, « je n’ai plus le temps d’essayer plusieurs vies : il faut que je choisisse ma dernière  vie, ma vie nouvelle. » Vie nouvelle est ainsi à la fois le nouveau et le neuf qui imposent leurs cadres formels, le livre s’achève d’ailleurs sur un poème de 999 vers qui s’inspire des neuf cercles de L’enfer de Dante. Un livre sur la recherche d’amour et, avec la naissance d’un enfant, l’adieu aux douleurs de l’enfance : « un jeu pour traverser le temps. » Vie nouvelle, Michaël Trahan, Le Quartanier, 2020
16:50
April 23, 2021
Le mont Fuji n’existe pas, d’Hélène Frappat
Le mont Fuji n’existe pas, d’Hélène Frappat
Ce livre est constitué de quatorze courts récits spectraux,  foisonnant de silhouettes et de figures, portraits de personnes se  transformant à tour de rôle en personnages et vice versa. Le mont Fuji n’existe pas contient plusieurs romans comme autant d’ébauches, dont l’auteure  divulgue progressivement l’envers du décor. Un témoignage noté sur un  carnet vient éclairer des années plus tard une facette à peine entrevue  de sa propre mère disparue. L’ébauche d’un personnage de fiction se  révèle sous les traits d’une personne croisée de nombreuses fois sans  avoir jusque là attiré l’attention. Un recueil de fictions peuplé de  personnes réelles rencontrées au hasard des voyages de l’auteure, et de  personnages en devenir. Un ancien maître du monde, une voisine de voyage  en avion qui se révèle être une cliente mystère, un patron de bar qui a  écrit à Samuel ­Beckett, un vieux comptable new-yorkais, voisin de  Thomas Pynchon. L’élaboration de ce roman se dessine en creux et nous  présente dans la succession de ces portraits, réels ou fictifs, une  forme d’autoportrait de l’auteure au travail. Le mont Fuji n’existe pas, Hélène Frappat, Actes Sud, 2021.
12:45
April 09, 2021
Jusqu’à très loin, de Romain Fustier
Jusqu’à très loin, de Romain Fustier
Jusqu’à très loin, de Romain Fustier, est un livre composé d’une série de cent trente-six textes à mi-chemin du poème en prose et du récit fragmentaire, fait de blocs de textes de dix lignes, répartis chacun sur une page comme les images d’un carnet de voyage sentimental. Les phrases sont saccadées, entre notations spontanées et flux de conscience, leur rythme syncopé, mais leur lecture d’une rare fluidité, souligne la volonté de relier et de relire des éléments a priori disparates, d’y souligner la simultanéité du passé, du présent et de l’avenir. Une succession d’instantanés y scintillent, en vrac, par touches sensibles. Une histoire d’amour et ses chemins de traverse. Dans le mouvement qui les tisse, le regard qui les parcourt. Hétérogénéité d’images, articulation entre souvenir et oubli, dont l’empreinte rappelle le fonctionnement aléatoire de la mémoire. Jusqu’à très loin, Romain Fustier, Publie.net, Collection L’esquif, 2021.
09:47
March 26, 2021
Toni tout court, de Shane Haddad
Toni tout court, de Shane Haddad
Toni, une jeune fille au prénom androgyne, passe sa journée d’anniversaire dans l’attente du soir où elle doit assister au match de l’équipe de foot qu’elle supporte. Pour décrire cette journée, Shane Haddad alterne l’emploi de la première et de la troisième personne, en y mêlant les voix de ceux que Toni croise sur son chemin ou qui émergent de ses souvenirs. Cette narration polyphonique renforce l’indécision du personnage coincé entre deux âges, entre rêve et conscience. Un roman d’apprentissage haletant, révélant dans un flux de pensées et de sensations le portrait sous tension d’une jeune femme insoumise, insaisissable, qui cherche à sortir de l’adolescence, à trouver enfin sa place et son identité. Toni tout court, Shane Haddad, P.O.L., 2021
14:23
March 12, 2021
Médecine générale, d’Olivier Cadiot
Médecine générale, d’Olivier Cadiot
Dans une conversation sans fin entre trois personnages en deuil qui tentent de transcender leur douleur en action et cherchent ensemble la  guérison, Olivier Cadiot brasse questionnements philosophiques et littéraires et nous donne à lire une pensée en mouvement. Les personnages se confrontent à la création artistique sous toutes ses formes : musique, théâtre, peinture, photographie. « Aucun livre, aucun  film, ne peut en rendre compte. Ils ne sont pas faits pour ça. Ils sont là pour apprivoiser la douleur. Apercevoir la terreur par une petite lorgnette dans l’autre sens. Les gens qui font des reprises à l’infini des voyageurs perdus sont des malades qui cherchent à s’anesthésier par des romans. » Un récit enlevé, ciselé, à la prose saccadée, loufoque et facétieux, portant un regard mélancolique sur une perte et des retrouvailles. Médecine générale, Olivier Cadiot, P.O.L., 2021
09:11
February 26, 2021
Humeur noire, d'Anne-Marie Garat
Humeur noire, d'Anne-Marie Garat
Anne-Marie Garat est née, a passé son enfance à Bordeaux, mais s’est rapidement éloignée de la Belle endormie.  En visite chez son cousin bordelais, elle découvre au musée d’Aquitaine  une exposition consacrée à la traite négrière. Un cartel y attire tout  particulièrement son attention et déclenche son indignation par ses  approximations et ses falsifications de l’esclavagisme. Humeur noire revient sur cette franche colère qui jaillit de manière salutaire  devant l’imprécision des mots, en évoquant le rapport de l’auteure au  langage à partir du récit de son parcours personnel et professionnel, de  ses engagements culturels et sociaux. Elle démontre l’inexactitude de  cet héritage historique, démonte les mensonges trompeurs de la mémoire  bourgeoise de la ville, et, plus largement, remet en perspective  l’esclavage et la colonisation dans la persistance ignoble du racisme. Humeur noire, Anne-Marie Garat, Actes Sud, 2021
10:04
February 12, 2021
L’énigmaire, de Pierre Cendors
L’énigmaire, de Pierre Cendors
Il y a plusieurs générations, suite à la destruction de l’écosystème de la Terre, l’humanité a du choisir entre s’enfouir sous terre pour survivre, ou s’échapper dans l’espace. Envisageant de s’y réinstaller après sa régénération, les humains sont attirés par une zone interdite, un lieu étrange où tout commence et s’achève à la fois. C’est à cet endroit que les protagonistes de ce roman se rendent en pèlerinage à différentes époques, et même à plusieurs siècles d’écarts. Liés les uns aux autres, de manière inextricable et mystérieuse, leurs récits se trament, s’entrecoupent et se font écho. Les différents destins et les multiples temporalités de l’intrigue sont autant de pièces narratives d’une mémoire parcellaire à reconstituer. Un récit éclaté qui joue avec les codes de la science-fiction pour inventer un lieu où convergent tous les récits dans une quête métaphysique et poétique des origines. L’énigmaire, Pierre Cendors, Quidam éditeur, 2021.
12:22
January 29, 2021
Meta donna, de Suzanne Doppelt
Meta donna, de Suzanne Doppelt
Ce texte poétique s’est construit à partir d’un court-métrage de Gianfranco Mingozzi, La Taranta,  tourné en 1961 dans le Salento, se référant lui-même aux travaux de  l’ethnologue Ernesto De Martino, consacré à l’étude d’une danse très  ancienne du sud de l’Italie, la tarentelle. Il a pour motif la tarentule  et les rituels qui se déroulent, à la suite de sa morsure. Suzanne  Doppelt rend hommage, dans cette enquête chantée et dansée, à la figure  de l’araignée et à la dimension esthétique manifeste de cet espèce de  théâtre de la cruauté et du malheur, cérémonie cathartique, rituel  ancestral, dans lequel on joue l’empoisonnement. Meta donna, Suzanne Doppelt, P.O.L, 2020
09:07
January 15, 2021
Les paysages avalent presque tout, de Maxime Actis
Les paysages avalent presque tout, de Maxime Actis
Ce livre se compose de fragments accumulés au fil d’une errance à  travers les paysages européens, morcelé en autant de moments que de  lieux parcourus. Le voyage est banal, la description des paysages se  concentre plutôt sur les détails insignifiants, sans relief,  menus faits et gestes du quotidien réduits à presque rien, lambeaux de  propos rapportés et réflexions désabusées, que sur un pittoresque récit de voyage.  Les souvenirs surgissent en marge, dans leur effacement même. L’une des  figures croisées brièvement, comme elles le sont toutes dans ce livre,  est d’ailleurs affectée de pertes de mémoire. La vie nomade s’éprouve et  se perd dans ses trous de mémoire. Le poème se confronte à la  trivialité du réel pour nous permettre de voir le monde qui nous entoure  et sa disparition dans le même mouvement. Les paysages avalent presque tout, Maxime Actis, Éditions Poésie/Flammarion, 2020
08:56
January 01, 2021
Coupe-le, de Corinne Lovera Vitali
Coupe-le, de Corinne Lovera Vitali
Monologue poétique composé de quatre chants, le récit non  chronologique de Corinne Lovera Vitali décrit une série d’expériences  traumatiques d’une femme à la découverte d’elle-même, entre l’enfance et  l’âge adulte. Son expérience répétée du couple est celle d’une coupure,  elle se retrouve dans « l’incapacité à vivre avec quiconque sur la  durée de ce qu’est la vraie vie celle où on est présents au présent  continûment. » Sa sexualité est marquée dans sa chair par la brutalité  des hommes qui transforment leur peur en violence, en abus de pouvoir.  Cette agressivité se dénoue dans le flot, en apparence désordonné, de  cette prose cadencée qu’aucun signe de ponctuation ne vient interrompre,  restituant avec justesse et sensibilité, la complexité du désir, d’un  rapport à soi décomplexé, la conquête de sa liberté. Coupe-le, Corinne Lovera Vitali, Éditions MF, 2020
08:18
December 18, 2020
Là d’où je viens a disparu, de Guillaume Poix
Là d’où je viens a disparu, de Guillaume Poix
Sarah, Litzy, Eva, Luis, Angie, viennent de tous les continents, ils  ont en commun d’avoir voulu un jour quitter leur pays pour fuir  l’extrême pauvreté, la menace et la pression des gangs ou la privation  de liberté, en abandonnant leur famille pour une vie meilleure. Tous ont  le cœur lourd de souvenirs et d’injustices, ils croient en leur avenir  et en leur chance de s’en sortir, comme les autres. On suit le destin de  ces exilés, ces clandestins, ces familles séparées par des frontières,  dont les vies minuscules nous sont racontées par leurs proches.  Chacun relate son parcours à la recherche de « cet eldorado qui  engloutit leurs enfants ». Tout en relatant le sort et la détresse des  migrants, Guillaume Poix questionne habilement les notions de filiation  et de transmission, dans un roman choral maîtrisé à la façon d’un chant  poétique. Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix, Verticales, 2020
09:38
December 04, 2020
Une bête aux aguets, de Florence Seyvos
Une bête aux aguets, de Florence Seyvos
Anna, une adolescente pour qui le réel s’est fracturé, souffre à  l’abri des regards, entendant des voix qui l’entourent, susurrent à ses  oreilles, des sons qui envahissent sa tête. Elle aperçoit des lumières  derrière les rideaux, surprend des ombres dans le couloir et craint de  se regarder dans le miroir car le visage qu’elle y découvre n’est pas le  sien, mais un autre, qui se déforme et la terrorise. Elle sait qu’elle  appartient à un autre monde, en marge, qui n’obéit pas aux mêmes lois  que le monde ordinaire. Avec ce roman hypnotique et envoûtant, Florence  Seyvos nous fait entendre la voix d’une jeune fille décalée, terrifiée  par cette bête aux aguets qui l’obsède sans cesse et qu’elle finit par  accueillir en elle. Une bête aux aguets, Florence Seyvos, Éditions de l’Olivier, 2020
08:09
November 20, 2020
Histoires de la nuit, de Laurent Mauvignier
Histoires de la nuit, de Laurent Mauvignier
Une fois de plus Laurent Mauvignier prend le contre-pied de son livre  précédent. Ce texte est un thriller psychologique rural qui se déroule  en une seule nuit. Un huis clos, étouffant, dur, entre six personnes  tiraillées par la haine. La femme, Marion, personnage central du roman,  fait face à son passé et confronte deux mondes que tout oppose. C’est un  livre étouffant, mais d’une grande finesse psychologique, où chaque  personnage est ciselé et où chaque élément est conçu comme une brique  prenant place dans un édifice dont on ne voit l’ensemble qu’à la  dernière page. Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier, Les Éditions de Minuit, 2020
10:30
November 06, 2020
Histoire du fils, de Marie-Hélène Lafon
Histoire du fils, de Marie-Hélène Lafon
Histoire du fils est la chronique d’une famille dans le Cantal  à travers quelques dates clés du siècle (de 1908 à 2008) qui servent de  fil conducteur à une filiation, récit d’une généalogie bouleversée.  Rencontre, deuil, accident, mariage, naissance, à chaque fois la famille  se retrouve. Les liens se renouent, poids des secrets et des silences.  Une narration sans dialogues, à la chronologie versatile, faite  d’aller-retour dans le temps, sur l’absence, la filiation, les secrets  de famille, le poids du passé qui ressurgit et qui trouble les cœurs si  on ne réussit pas à mettre des mots sur des non-dits. Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel, 2020.
08:21
October 23, 2020
Le grand vertige, de Pierre Ducrozet
Le grand vertige, de Pierre Ducrozet
Après s’être attaché dans son précédent roman, L’invention des corps,  à décrire les réseaux tentaculaires qui irriguent le contemporain, du  corps humain au Web, Pierre Ducrozet s’intéresse dans ce roman à  l’écologie et au changement climatique, à travers l’histoire de  Télémaque, un réseau indépendant constitué de personnalités  iconoclastes, en mission aux quatre coins du monde afin de récolter  informations, échantillons, témoignages, idées novatrices. La fable  écologique se transforme en roman noir mêlé d’espionnage, le tout  agrémenté de machinations politiques. L’auteur parvient à nous fait  réfléchir aux enjeux qui vont déterminer l’avenir de la planète et celui  des générations futures, dans un roman dense, ambitieux, foisonnant  d’idées, d’une écriture polyphonique qui parvient à restituer avec  justesse « des temps pulsionnels d’accélération. » Le grand vertige, Pierre Ducrozet, Actes Sud, 2020.
08:52
October 09, 2020
Chavirer, de Lola Lafon
Chavirer, de Lola Lafon
Lola Lafon évoque la plongée en enfer d’une jeune fille victime d’un  réseau pédophile, les différentes étapes du mécanisme pervers mis en  place par les pédophiles, séduisant jusqu’aux parents pour favoriser  leur aveuglément. Elle décrit également avec justesse le traumatisme  vécu par les adolescentes victimes, la dépression, le renversement de la  violence subie en sentiment de culpabilité. « Ce n’est pas ce à quoi on  nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous  ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer  ce qu’on dénonce. » Au-delà de l’histoire centrale autour du réseau, il y  a un travail autour des corps et de ce que la danse exige de ceux et  celles qui la pratiquent. Un livre incontournable sur le consentement,  les remords et le pardon. Chavirer, Lola Lafon, Actes Sud, 2020.
10:03
September 25, 2020
Les Présents, d’Antonin Crenn
Les Présents, d’Antonin Crenn
Théo, un jeune homme qui a perdu son père lorsqu’il était enfant,  voit ce deuil refaire surface vingt ans plus tard, après le retour  inattendu d’une vieille connaissance, un ami perdu de vue avec lequel il  aimait se promener en ville. Après son premier roman édité par  Publie.net, L’épaisseur du trait où il envisageait la ville dans les deux dimensions du plan, Antonin  Crenn nous invite, avec délicatesse et sensibilité, à un voyage avec  Théo entre l’Est parisien et le Finistère, en quête de ses origines et  de son passé, « un passage dans le temps ou, mieux encore, un  empilement : plusieurs époques cohabitant dans un même espace. » Les Présents, Antonin Crenn, Publie.net, 2020.
12:09
September 11, 2020
Les méduses, de Frédérique Clémençon
Les méduses, de Frédérique Clémençon
Les récits qui tissent le roman de Frédérique Clémençon, s’assemblent  dans une succession de nouvelles liées entre elles par la lumière des  lieux, la présence inquiétante d’animaux en bande (oiseaux, méduses) la  fragilité ou la force d’un personnage, cousus ensemble comme un  patchwork, et finissent par former une grande histoire débordante  d’humanité. Tous les personnages du livre se croisent dans un hôpital de  province, pas très loin de l’océan. Certains y travaillent, d’autres y  souffrent quand certains ne font qu’y passer. C’est là, entre la vie et  la mort, à l’endroit où leurs existences se révèlent les plus fragiles, fébriles, évanescentes, mais les plus vibrantes aussi, qu’ils vont se  retrouver. Les méduses, Frédérique Clémençon, Flammarion, 2020. Lecture de Pierre Ménard
08:47
July 31, 2020
L’exercice de la disparition, de Mathieu Brosseau
L’exercice de la disparition, de Mathieu Brosseau
L’Exercice de la disparition de Mathieu Brosseau se développe  en deux temps. En écho et prolongement à un préambule, dont le texte  écrit en blanc sur fond noir comme un gant retourné en appelle à une libération de nos mythologies, faire sans pour faire sens,  les variations d’un ensemble de poèmes contrastés, de « paroles  traversantes », dont on saisit le cheminement et la pertinence au fil  des pages et qui nous incitent à voyager à travers « un temps formé  dont on ne sait l’origine et la fin, qui appelle la clairvoyance et qui  pourtant est plus mobile que la lumière. » L’exercice de la disparition, Mathieu Brosseau (Dessins de Ena Lindenbaur), Le Castor Astral, 2020. Lecture de Pierre Ménard
08:07
July 24, 2020
Les enténébrés, de Sarah Chiche
Les enténébrés, de Sarah Chiche
Alors que sa vie conjugale est bouleversée par l’arrivée d’un amant, une psychanalyste laisse resurgir son histoire familiale. Sarah Chiche  explore les failles de l’intime, de la famille, de nos héritages, et de  nos blessures enfantines. Une réflexion sombre et lucide sur l’amour qui  ne nie surtout pas le tragique de l’existence. Une plongée vertigineuse  dans toutes ces folies individuelles sur lesquelles l’immense folie de  l’humanité vient heurter, les guerres, la barbarie, la colonisation, les  migrations, les unes entrant en résonance avec les autres. Un roman  dense et troublant qui se lit comme l’assemblage d’un puzzle. Les enténébrés, Sarah Chiche, Seuil, 2019. Lecture de Pierre Ménard
14:18
July 17, 2020
Cosmétique du chaos, de Camille Espedite
Cosmétique du chaos, de Camille Espedite
Roman sombre inspiré de la littérature d'anticipation, Cosmétique du chaos pose la question de l'apparence normée et de l'appartenance à une société baignée par la surveillance de masse et la transparence. Le seul moyen de ne pas perdre son identité, dans le monde futur très proche du notre que décrit l'auteur, serait de dissimuler son visage. Pour décrire cette dictature du paraître qui s'enfonce dans la cruauté, la déshumanisation de notre société, l'auteur utilise un vocabulaire soutenu (adjectifs originaux, néologismes) qu'il enchevêtre et associe à la deuxième personne du singulier, qui transforme ce récit troublant en « prose du monde présent. » Cosmétique du chaos, Camille Espedite, Actes Sud, Collection Un endroit où aller, 2020. Lecture de Pierre Ménard
11:38
July 10, 2020
Le Scribe, de Célia Houdart
Le Scribe, de Célia Houdart
Un jeune scientifique indien ressemblant au scribe du Louvre, vient  étudier à Paris. Il apprend à déchiffrer la ville et découvre l’amour.  Le récit progresse en va-et-vient, entre sa découverte de la capitale  française et la vie de sa famille restée à Calcutta. Célia Houdart  saisit avec sensibilité et justesse, dans ce va-et-vient et les formes  de l’écriture qui s’inscrivent en filigrane (du logiciel LaTeX aux  graffitis de Restif de la Bretonne sur l’Ile-Saint-Louis ou la Place des  Vosges à Paris), la cohabitation de la beauté et de la violence du  monde (la pollution, l’inquiétude environnementale, le sexisme et les  violences faites aux femmes, les violences policières, la montée des  nationalismes). Le Scribe, Célia Houdart, P.O.L., 2020. Lecture de Pierre Ménard
11:12
July 03, 2020
J’entends des regards que vous croyez muets, d'Arnaud Cathrine
J’entends des regards que vous croyez muets, d'Arnaud Cathrine
Une suite de soixante-cinq récits assez brefs, une série de croquis  saisis dans le quotidien à partir d’observations sur des inconnus  croisés au hasard à Paris ou en province. Tranches de vie, visages  volés, portraits drôles ou sombres d’inconnus se croisant et dévoilant à  leur insu des moments de leur intimité. Dans ce kaléidoscope de  sensations diverses, d’instants fugaces, un jeu de miroir vertigineux se  profile entre ces inconnus dont l’auteur devine l’histoire pour mieux  l’inventer et l’autoportrait en creux qu’il  dessine. J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine, Verticales, 2019 Lecture de Pierre Ménard
11:05
June 26, 2020
La Fabrique du rouge, d'Ariane Jousse
La Fabrique du rouge, d'Ariane Jousse
Une forêt c'est ainsi qu’Ariane Jousse désigne son premier livre, La Fabrique du rouge, entre conte, prose poétique et roman. La force de ce texte est précisément dans cette volonté d'écrire un texte au-delà des genres, qui invente son propre territoire : un labyrinthe dans lequel s’égarer, perdre ses repères, dans des chemins qui se déplacent en même temps que la marche. Une série d’errances à travers la forêt qu’est devenu le monde. Un texte poétique sur les chemins du rêve et de l'exil. La Fabrique du rouge, Ariane Jousse, Les éditions de l’Ogre, 2019. Lecture de Pierre Ménard
10:45
June 18, 2020
La Maison indigène, de Claro
La Maison indigène, de Claro
En 1930, l’architecte Léon Claro, grand-père de l’auteur, fait bâtir, au pied de la Casbah d’Alger, une maison indigène qui multiplie les emprunts à diverses esthétiques orientalistes pour  parvenir à un simulacre d’authenticité. Albert Camus en tire l’un de ses  premiers textes littéraires, La Maison mauresque. Dans ce récit  composite, foisonnant d’associations, de rebonds et de détours, Claro se  lance dans une enquête poétique où s’enchevêtrent coïncidences  historiques, artistiques et familiales. Dans « les plis du temps » et le  désordre des pièces de cette maison, la révélation « que notre cerveau  et notre mémoire en savent plus long que nous. » La Maison indigène, Claro, Actes Sud, 2020. Lecture de Pierre Ménard
09:35
June 12, 2020
Comme la chienne, de Louise Chennevière
Comme la chienne, de Louise Chennevière
Dans ce récit fragmenté, éclaté, polyphonique, des femmes prennent la  parole, dans un nous explosé. On entend leurs voix trop longtemps  détournées ou retenues, qui s’entremêlent, pour faire entrer par  effraction dans la parole ce qui en a été toujours exclu, dire l’immense  violence et les infimes douleurs. Et comment cet intime, le corps, le  désir, la honte, appartient toujours déjà au monde, par les fantasmes,  les discours et toutes les violences qui l’ont façonné et qui le  hantent. Comme la chienne, Louise Chennevière, P.O.L., 2019. Lecture de Pierre Ménard
11:48
June 05, 2020