Skip to main content
en lisant en écrivant

en lisant en écrivant

By Pierre Ménard
Lectures versatiles de Pierre Ménard
Listen on
Where to listen
Apple Podcasts Logo

Apple Podcasts

Breaker Logo

Breaker

Google Podcasts Logo

Google Podcasts

Pocket Casts Logo

Pocket Casts

RadioPublic Logo

RadioPublic

Spotify Logo

Spotify

Currently playing episode

Les méduses, de Frédérique Clémençon

en lisant en écrivant

1x
Ultramarins, de Mariette Navarro
La commandante d’un cargo, très rigoureuse et professionnelle, accepte d’arrêter son navire au milieu de l’océan et autorise contre toute attente les marins à se baigner en haute mer. Le bateau flotte au milieu de l’océan. Un temps suspendu, une parenthèse pour ces hommes toujours soumis aux routines, aux obligations, comme pour elle, restée à bord, qui les observe du haut du cargo. Un moment de partage également, de sensualité, de laisser aller, de lâcher prise. Une renaissance. « L’espace d’une seconde ils renversent l’ordre des choses, peut-être que quelque part des oiseaux prennent leur envol à l’envers ou qu’une rivière, d’un coup, remonte à sa source : voilà ce qu’ils pressentent, en vrac, et chacun dans sa langue ». Un roman envoûtant et vertigineux, à la fois métaphysique et fantastique. Ultramarins, de Mariette Navarro, Quidam éditeur, 2021
13:28
November 18, 2021
La fille qu’on appelle, de Tanguy Viel
Laura, jeune mannequin, cherche un logement, éventuellement un travail dans une ville bretonne. Sur les conseils de son père Max, ancien boxeur devenu chauffeur du maire, elle sollicite un entretien avec ce dernier, qui va bientôt devenir ministre. Comme dans son précédent roman Article 353 du code pénal, Tanguy Viel met en scène des rapports de force, d’abus de pouvoir, de domination masculine, des relations d’emprise sociale et sexuelle. Ces mécanismes pervers sont explorés avec beaucoup de finesse, tout comme la complexité de l’ambivalente notion de consentement. Si l’intrigue policière du roman prend au départ la forme d’une déposition, c’est dans ce rapport de forces que l’histoire se développe et explore la dimension psychologique, de ces tensions, de cette domination sociale. La fille qu’on appelle, de Tanguy Viel, Éditions de Minuit, 2021
08:35
November 5, 2021
Hors gel, d’Emmanuelle Salasc
Hors gel est le dixième livre d’Emmanuelle Salasc chez P.O.L. après neuf ouvrages parus sous le nom d’Emmanuelle Pagano. Ce roman raconte, dans un présent à peine anticipé, une double menace. Celle d’un glacier, dont la poche d’eau souterraine risque d’éclater et d’emporter tout sur son passage, et celle du retour de la sœur jumelle de la narratrice, disparue pendant trente ans. Un récit fait d’allers-retours entre passé et présent, paysages et personnages, vie intime et milieu de vie, inscrivant avec sensibilité la puissance d’un drame familial dans les tourmentes d’un paysage menaçant. Hors gel, d’Emmanuelle Salasc, P.O.L, 2021
13:48
October 22, 2021
Il était une fois sur cent, d'Yves Pagès
Comme il l’avait fait dans sa collecte de plus de 4000 graffitis urbains du monde entier, retranscrits dans son ouvrage Tiens, ils ont repeint ! Yves Pagès a glané pendant plusieurs années, des centaines de  statistiques sur des sujets très variés. Ce vertigineux inventaire, qui  place sur un pied d’égalité des choses apparemment sans rapport entre  elles, reconstitue par fragments, accumulation et poésie, le tableau  d’une société obnubilée par une approche comptable des phénomènes les  plus divers, ainsi que l’omniprésence de la statistique dans la façon  dont nous analysons le monde contemporain. Un texte réjouissant et  salvateur, cocasse et caustique, qui nous invite à porter à notre tour  un regard critique et un peu désabusé sur notre époque. Il était une fois sur cent. Rêveries fragmentaires sur l’emprise statistique, d’Yves Pagès, Zones éditions, 2021
15:23
October 7, 2021
Plasmas, de Céline Minard
Le livre de Céline Minard décrit une Terre devenue inhabitable, où la nature telle que nous la connaissons a cessé d’exister, désormais recréée de toute pièce, dans des bulles, un univers dans lequel vivent de nombreuses créatures à l’intelligence supérieure à celle des humains, où des bots enregistrent les données humaines. Les dix chapitres du livre fonctionnent de manière autonome qui s’enrichissent les uns les autres, points de vue variés sur un univers post-apocalyptique dont nous découvrons peu à peu les lois. Avec son écriture d’une précision remarquable, fine et ciselée, l’auteure brise la linéarité de son récit pour nous entrainer dans un tourbillon de sensations d’univers différents, oniriques, comme autant de perspectives imaginaires et poétiques sur l’avenir possible de l’humanité, une manière d’envisager nos futurs incertains. Plasmas, de Céline Minard, Rivages, 2021
15:57
September 24, 2021
G.A.V., de Marin Fouqué
G.A.V., c’est l’abréviation de garde à vue, et la plus grande partie du récit de Marin Fouqué se déroule, en effet, pendant le séjour contraint de quelques interpelés, tout au long d’une nuit, dans les différentes cellules d’un commissariat. Parmi eux, il y a Angel, arrêté en possession du sac de son copain S-Kro et la barre de shit qu’il contenait. Il y a K-vembre qui travaille comme intérimaire dans un entrepôt logistique, écrivaine en attente d’édition. Il y a également un vieux maghrébin et trois Black Blocks, des gauchistes radicaux arrêtés en marge d’une marche pour le climat, un cadre en dégrisement, un flic désabusé, exténué, et un adolescent souffre-douleur. Un roman choral, où, dans l’effervescence de cette étouffante nuit, chacun dans le huis-clos de sa cellule raconte à sa manière sa vérité, sa détresse et sa colère : le racisme, le patriarcat, l’inhumanité des cadences et de la robotisation du travail, la misère sociale, et les violences policières. Un chant de résistance à toutes les oppressions, dans une  langue rythmée et syncopée. G. A. V., de Marin Fouqué, Actes Sud, 2021
12:45
September 10, 2021
La semaine perpétuelle, de Laura Vazquez
Sara chante et se filme, Salim diffuse des vidéos sur Internet et écrit des poèmes qu’il envoie à son ami Jonathan. Ils passent leurs journées sur Internet où ils s’informent du monde et où ils communiquent entre eux sur les réseaux avec un étonnant détachement. Leur grand-mère est à l’hôpital. Leur père « rêve d’une éponge qui lave le passé. » Ce premier roman de Laura Vazquez décrit un univers singulier où « les objets sont entourés de l’idée d’eux-mêmes », où « les pensées ne connaissent pas leur direction. Elles ne vont jamais quelque part. Elles n’ont pas de destination. Chaque pensée forme une route et les routes forment une carte à l’intérieur de la personne ». Une histoire de famille éclatée en forme de quête poétique, dont la langue inventive, éruptive, donne la parole aux choses et voix aux chapitre, saisissant avec vivacité et jovialité, notre monde connecté. La semaine perpétuelle, de Laura Vazquez, Éditions du Sous-sol, 2021
11:60
August 27, 2021
Châtelet-Lilas, de Sébastien Ortiz
Un conducteur de métro de la ligne 11 qui traverse du sud au nord la  rive droite Parisienne, se met soudain à capter très distinctement les pensées, forcément secrètes, de ses passagers. Leurs souvenirs comme leurs fantasmes, leurs nobles sentiments comme leurs haines mesquines.  « Ils ne me connaissent pas, ils ne me verront jamais, mon histoire jamais ne leur sera dévoilée quand je peux lire la leur comme dans un livre ouvert ». Il décrit, en douze haltes (comme les douze travaux d’Hercule) cette ligne qui est devenue son univers quotidien, dont il connaît en détails les moindres contours et particularités de chaque station. Une plongée dans l’imaginaire urbain et dans la multiplicité des peurs et des ­désirs de notre époque. Un voyage palpitant et poétique. Châtelet-Lilas, de Sébastien Ortiz, Gallimard, 2021
14:23
August 13, 2021
961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi
Ryoko Sekiguchi se rend en 2018 à Beyrouth où elle reste presque un mois et demi pour faire le portrait de la ville à travers sa cuisine : les gestes de ceux qui la font, ceux qui l’apprécient et la partagent, les histoires racontées par les habitants. « L’acte de manger s’accomplit par étapes : humer les odeurs, regarder le plat, écouter les frémissements de la cuisson, ou le couteau qui tranche, tâter de la main ou de la fourchette, mettre un morceau à la bouche, chaque chose en son temps, chaque sensation en léger différé d’avec les autres. » Il n’y a pas de recette pour écrire un livre sur une ville comme Beyrouth, mais un ensemble de fragments qui retracent les rencontres de l’auteure, ses échanges, les références littéraires, artistiques, historiques, qui se mêlent aux souvenirs personnels, tissant des correspondances entre tous les lieux traversés, et ce rapport intime à la cuisine où tout est mis sur la table, à la façon d’un mezze. 961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi, P.O.L., 2021
10:28
July 30, 2021
Sœur(s), de Philippe Aigrain
Philippe Aigrain s’est fait connaître par ses ouvrages et ses prises de position sur la défense des libertés, des communs culturels, du domaine public, du partage à l’heure du numérique et pour sa poésie. Avec ce premier roman, il mêle plusieurs voix qui se croisent dans un univers labyrinthique. Un homme reçoit un message énigmatique d’une femme qui prétend être sa sœur et lui demande de l’aide. Elle lui rappelle cette sœur imaginaire de son enfance. Les services de renseignements sont sur le qui-vive suite à la disparition et aux suicides d’hommes ayant été approchés par des femmes sans identité, intraçables, dont le seul point commun est d’être ébahies. Un roman sur la surveillance généralisée et les modifications qu’elle induit sur nos comportements, notre identité, notre rapport à l’autre, dont la poésie nous invite à nous laisser surprendre, à rester ouverts aux autres, disponibles et généreux, en un mot ébahis. Sœur(s), de Philippe Aigrain, Publie.net, 2020
19:47
July 16, 2021
Noire substance, de Séverine Daucourt
Le livre aborde, avec une grande force d’écriture, de manière objective et sans complaisance, la maladie de Parkinson et la dégénérescence qu’elle produit, plus exactement sur le regard que porte une jeune femme sur le déclin de son père atteint de cette maladie, son rapport au corps, à la douleur, au temps qui passe. « Dans cette maladie, le visage ne lutte plus, ni contre l’apesanteur ni contre la laideur : bajoues fatiguées, cernes bistres, rougeurs dues aux traitements. Les yeux sont comme toujours, voilés, les cils englués. Le regard ne voit plus, il traverse les choses, se noie à leur côté. Le vieux est absorbé, loin, extrait de tout, y compris de sa pensée. Rien ne le concerne. » Ce récit très court se présente sous la forme d’un compte-à-rebours. Un beau texte sur la vie, ses épreuves, la solitude face à la maladie et à la perte. Noire substance, Séverine Daucourt, Lanskine, 2020
10:49
July 2, 2021
Requiem pour la jeune amie, de Gilles Leroy
Plus de trente ans après la disparition violente d’une amie, le  souvenir profondément enfoui de la jeune femme ressurgit. Par bribes, le narrateur reconstitue leur histoire, leur coup de foudre amical. Ce roman dessine le portrait sensible de cette jeune femme libre et met en scène leur amitié remarquable. Il est en vacances dans le Sud de la France, quand il apprend que son amie a été violée et tuée dans le parking de son immeuble, à Vincennes. Dans Requiem pour la jeune amie, l’amour et la mort sont indissociablement liés même si l’auteur préfère se souvenir des instants vibrants de vie partagés. Les souvenirs  affluent, les longues phrases dansent sur la page, avec leur musique  lancinante et triste, poignant témoignage d’amitié parcouru d’éclats de vie, de rire, de mélodies rythmées et de nuits endiablées. Un récit vibrant, nostalgique mais radieux, qui raconte l’histoire d’une amitié perdue. Requiem pour la jeune amie, Gilles Leroy, Mercure de France, 2021.
09:11
June 18, 2021
Le neveu d’Anchise, de Maryline Desbiolles
Aubin garde un souvenir mémorable et douloureux de son Grand Oncle, Anchise, un soir d’orage où les abeilles de son rucher avaient attaqué sa mère et lui. Le jeune homme s’échappe quelques heures du purgatoire familial et part se dépenser à grandes foulées. Il se réfugie sur les hauteurs du village où se situait l’ancienne maison d’Anchise deux décennies plus tôt, avant que le vieil apiculteur ne « s’immole dans sa voiture ». La maison à l’abandon est en voie de démolition, bientôt les engins de travaux viendront y construire une déchetterie ultramoderne, triomphe du recyclage dans une société de consommation. Aubin y rencontre Adel qui lui ouvre l’horizon, lui fait découvrir la musique de Chet Baker, et l’aide à se révéler. Le neveu d’Anchise de Maryline Desbiolles est un roman initiatique, poétique, rythmé et lumineux. Le neveu d’Anchise, Maryline Desbiolles, Seuil, 2021
12:40
June 3, 2021
Zoner, de Bernard Chambaz
L’auteur fait plusieurs fois le tour des boulevards des maréchaux dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, parcourant cette ceinture parisienne aujourd’hui doublée par le périphérique. Il remonte ces boulevards le long des immeubles bâtis au siècle précédent. Son lent cheminement lui permet « d’avancer par retouches et reprises, au gré de ce ravaudage à quoi ressemble un peu – tout compte fait – ce qu’on  nomme la littérature ». Poète, romancier et flâneur, Bernard Chambaz contemple, observe, décrit les lieux traversés en ravivant le souvenir des noms propres qu’il sort de l’oubli. Un ensemble de strates qui se superposent ou s’effacent de ces lieux en marge de la ville. Et c’est l’impression palimpseste qui se dégage à la lecture, celle d’une promenade au cœur des paysages, des bâtiments et des rues de Paris. Zoner, Bernard Chambaz, Flammarion, 2021
11:34
May 21, 2021
À la folie, de Joy Sorman
Joy Sorman s’est rendue une fois par semaine, pendant un an, en observatrice, dans une unité psychiatrique. Ce récit documentaire en immersion, entre enquête et roman, restitue dans une approche directe différents témoignages de cadres de santé, infirmiers, intermédiaires,médecins, et de patients rencontrés lors de  ses visites : schizophrènes, paranoïaques, bipolaires. L’autrice évite le voyeurisme d’une galerie de portraits au-dessus d’un nid de coucou en mettant tout son talent romanesque pour relater l’enfermement et la surveillance des malades. Elle s’efface discrètement derrière la parole de ceux qu’elle côtoie pour nous faire découvrir la personnalité des soignés et des soignants ainsi que les protocoles mis en œuvre par ces derniers, en interrogeant la définition artificielle de normalité. Un témoignage sur la psychiatrie d’aujourd’hui en même temps qu’une réflexion sur la folie. À la folie, Joy Sorman, Flammarion, 2021
09:24
May 7, 2021
Vie nouvelle, de Michaël Trahan
Michaël Trahan poursuit dans ce livre une démarche entreprise avec Nœud coulant et La raison des fleurs, ses deux premiers ouvrages qui cherchaient à dire la vérité d’une  douleur, un triptyque poétique qui, même s’il creuse des thèmes proches, se présente sous des formes différentes. La mention poésie ne figure pas sur la couverture du livre, mais il s’agit bien de poésie, instaurant dans sa forme forme hybride un dialogue entre vers, prose, journal, monologue de théâtre, réflexion et citation. La forme que l’auteur travaille est celle du livre, le rêve de sa forme en devenir. Le titre de l’ouvrage provient d’une phrase de Barthes, « je n’ai plus le temps d’essayer plusieurs vies : il faut que je choisisse ma dernière  vie, ma vie nouvelle. » Vie nouvelle est ainsi à la fois le nouveau et le neuf qui imposent leurs cadres formels, le livre s’achève d’ailleurs sur un poème de 999 vers qui s’inspire des neuf cercles de L’enfer de Dante. Un livre sur la recherche d’amour et, avec la naissance d’un enfant, l’adieu aux douleurs de l’enfance : « un jeu pour traverser le temps. » Vie nouvelle, Michaël Trahan, Le Quartanier, 2020
16:50
April 23, 2021
Le mont Fuji n’existe pas, d’Hélène Frappat
Ce livre est constitué de quatorze courts récits spectraux,  foisonnant de silhouettes et de figures, portraits de personnes se  transformant à tour de rôle en personnages et vice versa. Le mont Fuji n’existe pas contient plusieurs romans comme autant d’ébauches, dont l’auteure  divulgue progressivement l’envers du décor. Un témoignage noté sur un  carnet vient éclairer des années plus tard une facette à peine entrevue  de sa propre mère disparue. L’ébauche d’un personnage de fiction se  révèle sous les traits d’une personne croisée de nombreuses fois sans  avoir jusque là attiré l’attention. Un recueil de fictions peuplé de  personnes réelles rencontrées au hasard des voyages de l’auteure, et de  personnages en devenir. Un ancien maître du monde, une voisine de voyage  en avion qui se révèle être une cliente mystère, un patron de bar qui a  écrit à Samuel ­Beckett, un vieux comptable new-yorkais, voisin de  Thomas Pynchon. L’élaboration de ce roman se dessine en creux et nous  présente dans la succession de ces portraits, réels ou fictifs, une  forme d’autoportrait de l’auteure au travail. Le mont Fuji n’existe pas, Hélène Frappat, Actes Sud, 2021.
12:45
April 9, 2021
Jusqu’à très loin, de Romain Fustier
Jusqu’à très loin, de Romain Fustier, est un livre composé d’une série de cent trente-six textes à mi-chemin du poème en prose et du récit fragmentaire, fait de blocs de textes de dix lignes, répartis chacun sur une page comme les images d’un carnet de voyage sentimental. Les phrases sont saccadées, entre notations spontanées et flux de conscience, leur rythme syncopé, mais leur lecture d’une rare fluidité, souligne la volonté de relier et de relire des éléments a priori disparates, d’y souligner la simultanéité du passé, du présent et de l’avenir. Une succession d’instantanés y scintillent, en vrac, par touches sensibles. Une histoire d’amour et ses chemins de traverse. Dans le mouvement qui les tisse, le regard qui les parcourt. Hétérogénéité d’images, articulation entre souvenir et oubli, dont l’empreinte rappelle le fonctionnement aléatoire de la mémoire. Jusqu’à très loin, Romain Fustier, Publie.net, Collection L’esquif, 2021.
09:47
March 26, 2021
Toni tout court, de Shane Haddad
Toni, une jeune fille au prénom androgyne, passe sa journée d’anniversaire dans l’attente du soir où elle doit assister au match de l’équipe de foot qu’elle supporte. Pour décrire cette journée, Shane Haddad alterne l’emploi de la première et de la troisième personne, en y mêlant les voix de ceux que Toni croise sur son chemin ou qui émergent de ses souvenirs. Cette narration polyphonique renforce l’indécision du personnage coincé entre deux âges, entre rêve et conscience. Un roman d’apprentissage haletant, révélant dans un flux de pensées et de sensations le portrait sous tension d’une jeune femme insoumise, insaisissable, qui cherche à sortir de l’adolescence, à trouver enfin sa place et son identité. Toni tout court, Shane Haddad, P.O.L., 2021
14:23
March 12, 2021
Médecine générale, d’Olivier Cadiot
Dans une conversation sans fin entre trois personnages en deuil qui tentent de transcender leur douleur en action et cherchent ensemble la  guérison, Olivier Cadiot brasse questionnements philosophiques et littéraires et nous donne à lire une pensée en mouvement. Les personnages se confrontent à la création artistique sous toutes ses formes : musique, théâtre, peinture, photographie. « Aucun livre, aucun  film, ne peut en rendre compte. Ils ne sont pas faits pour ça. Ils sont là pour apprivoiser la douleur. Apercevoir la terreur par une petite lorgnette dans l’autre sens. Les gens qui font des reprises à l’infini des voyageurs perdus sont des malades qui cherchent à s’anesthésier par des romans. » Un récit enlevé, ciselé, à la prose saccadée, loufoque et facétieux, portant un regard mélancolique sur une perte et des retrouvailles. Médecine générale, Olivier Cadiot, P.O.L., 2021
09:11
February 26, 2021
Humeur noire, d'Anne-Marie Garat
Anne-Marie Garat est née, a passé son enfance à Bordeaux, mais s’est rapidement éloignée de la Belle endormie.  En visite chez son cousin bordelais, elle découvre au musée d’Aquitaine  une exposition consacrée à la traite négrière. Un cartel y attire tout  particulièrement son attention et déclenche son indignation par ses  approximations et ses falsifications de l’esclavagisme. Humeur noire revient sur cette franche colère qui jaillit de manière salutaire  devant l’imprécision des mots, en évoquant le rapport de l’auteure au  langage à partir du récit de son parcours personnel et professionnel, de  ses engagements culturels et sociaux. Elle démontre l’inexactitude de  cet héritage historique, démonte les mensonges trompeurs de la mémoire  bourgeoise de la ville, et, plus largement, remet en perspective  l’esclavage et la colonisation dans la persistance ignoble du racisme. Humeur noire, Anne-Marie Garat, Actes Sud, 2021
10:04
February 12, 2021
L’énigmaire, de Pierre Cendors
Il y a plusieurs générations, suite à la destruction de l’écosystème de la Terre, l’humanité a du choisir entre s’enfouir sous terre pour survivre, ou s’échapper dans l’espace. Envisageant de s’y réinstaller après sa régénération, les humains sont attirés par une zone interdite, un lieu étrange où tout commence et s’achève à la fois. C’est à cet endroit que les protagonistes de ce roman se rendent en pèlerinage à différentes époques, et même à plusieurs siècles d’écarts. Liés les uns aux autres, de manière inextricable et mystérieuse, leurs récits se trament, s’entrecoupent et se font écho. Les différents destins et les multiples temporalités de l’intrigue sont autant de pièces narratives d’une mémoire parcellaire à reconstituer. Un récit éclaté qui joue avec les codes de la science-fiction pour inventer un lieu où convergent tous les récits dans une quête métaphysique et poétique des origines. L’énigmaire, Pierre Cendors, Quidam éditeur, 2021.
12:22
January 29, 2021
Meta donna, de Suzanne Doppelt
Ce texte poétique s’est construit à partir d’un court-métrage de Gianfranco Mingozzi, La Taranta,  tourné en 1961 dans le Salento, se référant lui-même aux travaux de  l’ethnologue Ernesto De Martino, consacré à l’étude d’une danse très  ancienne du sud de l’Italie, la tarentelle. Il a pour motif la tarentule  et les rituels qui se déroulent, à la suite de sa morsure. Suzanne  Doppelt rend hommage, dans cette enquête chantée et dansée, à la figure  de l’araignée et à la dimension esthétique manifeste de cet espèce de  théâtre de la cruauté et du malheur, cérémonie cathartique, rituel  ancestral, dans lequel on joue l’empoisonnement. Meta donna, Suzanne Doppelt, P.O.L, 2020
09:07
January 15, 2021
Les paysages avalent presque tout, de Maxime Actis
Ce livre se compose de fragments accumulés au fil d’une errance à  travers les paysages européens, morcelé en autant de moments que de  lieux parcourus. Le voyage est banal, la description des paysages se  concentre plutôt sur les détails insignifiants, sans relief,  menus faits et gestes du quotidien réduits à presque rien, lambeaux de  propos rapportés et réflexions désabusées, que sur un pittoresque récit de voyage.  Les souvenirs surgissent en marge, dans leur effacement même. L’une des  figures croisées brièvement, comme elles le sont toutes dans ce livre,  est d’ailleurs affectée de pertes de mémoire. La vie nomade s’éprouve et  se perd dans ses trous de mémoire. Le poème se confronte à la  trivialité du réel pour nous permettre de voir le monde qui nous entoure  et sa disparition dans le même mouvement. Les paysages avalent presque tout, Maxime Actis, Éditions Poésie/Flammarion, 2020
08:56
January 1, 2021
Coupe-le, de Corinne Lovera Vitali
Monologue poétique composé de quatre chants, le récit non  chronologique de Corinne Lovera Vitali décrit une série d’expériences  traumatiques d’une femme à la découverte d’elle-même, entre l’enfance et  l’âge adulte. Son expérience répétée du couple est celle d’une coupure,  elle se retrouve dans « l’incapacité à vivre avec quiconque sur la  durée de ce qu’est la vraie vie celle où on est présents au présent  continûment. » Sa sexualité est marquée dans sa chair par la brutalité  des hommes qui transforment leur peur en violence, en abus de pouvoir.  Cette agressivité se dénoue dans le flot, en apparence désordonné, de  cette prose cadencée qu’aucun signe de ponctuation ne vient interrompre,  restituant avec justesse et sensibilité, la complexité du désir, d’un  rapport à soi décomplexé, la conquête de sa liberté. Coupe-le, Corinne Lovera Vitali, Éditions MF, 2020
08:18
December 18, 2020
Là d’où je viens a disparu, de Guillaume Poix
Sarah, Litzy, Eva, Luis, Angie, viennent de tous les continents, ils  ont en commun d’avoir voulu un jour quitter leur pays pour fuir  l’extrême pauvreté, la menace et la pression des gangs ou la privation  de liberté, en abandonnant leur famille pour une vie meilleure. Tous ont  le cœur lourd de souvenirs et d’injustices, ils croient en leur avenir  et en leur chance de s’en sortir, comme les autres. On suit le destin de  ces exilés, ces clandestins, ces familles séparées par des frontières,  dont les vies minuscules nous sont racontées par leurs proches.  Chacun relate son parcours à la recherche de « cet eldorado qui  engloutit leurs enfants ». Tout en relatant le sort et la détresse des  migrants, Guillaume Poix questionne habilement les notions de filiation  et de transmission, dans un roman choral maîtrisé à la façon d’un chant  poétique. Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix, Verticales, 2020
09:38
December 4, 2020
Une bête aux aguets, de Florence Seyvos
Anna, une adolescente pour qui le réel s’est fracturé, souffre à  l’abri des regards, entendant des voix qui l’entourent, susurrent à ses  oreilles, des sons qui envahissent sa tête. Elle aperçoit des lumières  derrière les rideaux, surprend des ombres dans le couloir et craint de  se regarder dans le miroir car le visage qu’elle y découvre n’est pas le  sien, mais un autre, qui se déforme et la terrorise. Elle sait qu’elle  appartient à un autre monde, en marge, qui n’obéit pas aux mêmes lois  que le monde ordinaire. Avec ce roman hypnotique et envoûtant, Florence  Seyvos nous fait entendre la voix d’une jeune fille décalée, terrifiée  par cette bête aux aguets qui l’obsède sans cesse et qu’elle finit par  accueillir en elle. Une bête aux aguets, Florence Seyvos, Éditions de l’Olivier, 2020
08:09
November 20, 2020
Histoires de la nuit, de Laurent Mauvignier
Une fois de plus Laurent Mauvignier prend le contre-pied de son livre  précédent. Ce texte est un thriller psychologique rural qui se déroule  en une seule nuit. Un huis clos, étouffant, dur, entre six personnes  tiraillées par la haine. La femme, Marion, personnage central du roman,  fait face à son passé et confronte deux mondes que tout oppose. C’est un  livre étouffant, mais d’une grande finesse psychologique, où chaque  personnage est ciselé et où chaque élément est conçu comme une brique  prenant place dans un édifice dont on ne voit l’ensemble qu’à la  dernière page. Histoires de la nuit, Laurent Mauvignier, Les Éditions de Minuit, 2020
10:30
November 6, 2020
Histoire du fils, de Marie-Hélène Lafon
Histoire du fils est la chronique d’une famille dans le Cantal  à travers quelques dates clés du siècle (de 1908 à 2008) qui servent de  fil conducteur à une filiation, récit d’une généalogie bouleversée.  Rencontre, deuil, accident, mariage, naissance, à chaque fois la famille  se retrouve. Les liens se renouent, poids des secrets et des silences.  Une narration sans dialogues, à la chronologie versatile, faite  d’aller-retour dans le temps, sur l’absence, la filiation, les secrets  de famille, le poids du passé qui ressurgit et qui trouble les cœurs si  on ne réussit pas à mettre des mots sur des non-dits. Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel, 2020.
08:21
October 23, 2020
Le grand vertige, de Pierre Ducrozet
Après s’être attaché dans son précédent roman, L’invention des corps,  à décrire les réseaux tentaculaires qui irriguent le contemporain, du  corps humain au Web, Pierre Ducrozet s’intéresse dans ce roman à  l’écologie et au changement climatique, à travers l’histoire de  Télémaque, un réseau indépendant constitué de personnalités  iconoclastes, en mission aux quatre coins du monde afin de récolter  informations, échantillons, témoignages, idées novatrices. La fable  écologique se transforme en roman noir mêlé d’espionnage, le tout  agrémenté de machinations politiques. L’auteur parvient à nous fait  réfléchir aux enjeux qui vont déterminer l’avenir de la planète et celui  des générations futures, dans un roman dense, ambitieux, foisonnant  d’idées, d’une écriture polyphonique qui parvient à restituer avec  justesse « des temps pulsionnels d’accélération. » Le grand vertige, Pierre Ducrozet, Actes Sud, 2020.
08:52
October 9, 2020
Chavirer, de Lola Lafon
Lola Lafon évoque la plongée en enfer d’une jeune fille victime d’un  réseau pédophile, les différentes étapes du mécanisme pervers mis en  place par les pédophiles, séduisant jusqu’aux parents pour favoriser  leur aveuglément. Elle décrit également avec justesse le traumatisme  vécu par les adolescentes victimes, la dépression, le renversement de la  violence subie en sentiment de culpabilité. « Ce n’est pas ce à quoi on  nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous  ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer  ce qu’on dénonce. » Au-delà de l’histoire centrale autour du réseau, il y  a un travail autour des corps et de ce que la danse exige de ceux et  celles qui la pratiquent. Un livre incontournable sur le consentement,  les remords et le pardon. Chavirer, Lola Lafon, Actes Sud, 2020.
10:03
September 25, 2020
Les Présents, d’Antonin Crenn
Théo, un jeune homme qui a perdu son père lorsqu’il était enfant,  voit ce deuil refaire surface vingt ans plus tard, après le retour  inattendu d’une vieille connaissance, un ami perdu de vue avec lequel il  aimait se promener en ville. Après son premier roman édité par  Publie.net, L’épaisseur du trait où il envisageait la ville dans les deux dimensions du plan, Antonin  Crenn nous invite, avec délicatesse et sensibilité, à un voyage avec  Théo entre l’Est parisien et le Finistère, en quête de ses origines et  de son passé, « un passage dans le temps ou, mieux encore, un  empilement : plusieurs époques cohabitant dans un même espace. » Les Présents, Antonin Crenn, Publie.net, 2020.
12:09
September 11, 2020
Les méduses, de Frédérique Clémençon
Les récits qui tissent le roman de Frédérique Clémençon, s’assemblent  dans une succession de nouvelles liées entre elles par la lumière des  lieux, la présence inquiétante d’animaux en bande (oiseaux, méduses) la  fragilité ou la force d’un personnage, cousus ensemble comme un  patchwork, et finissent par former une grande histoire débordante  d’humanité. Tous les personnages du livre se croisent dans un hôpital de  province, pas très loin de l’océan. Certains y travaillent, d’autres y  souffrent quand certains ne font qu’y passer. C’est là, entre la vie et  la mort, à l’endroit où leurs existences se révèlent les plus fragiles, fébriles, évanescentes, mais les plus vibrantes aussi, qu’ils vont se  retrouver. Les méduses, Frédérique Clémençon, Flammarion, 2020. Lecture de Pierre Ménard
08:47
July 31, 2020
L’exercice de la disparition, de Mathieu Brosseau
L’Exercice de la disparition de Mathieu Brosseau se développe  en deux temps. En écho et prolongement à un préambule, dont le texte  écrit en blanc sur fond noir comme un gant retourné en appelle à une libération de nos mythologies, faire sans pour faire sens,  les variations d’un ensemble de poèmes contrastés, de « paroles  traversantes », dont on saisit le cheminement et la pertinence au fil  des pages et qui nous incitent à voyager à travers « un temps formé  dont on ne sait l’origine et la fin, qui appelle la clairvoyance et qui  pourtant est plus mobile que la lumière. » L’exercice de la disparition, Mathieu Brosseau (Dessins de Ena Lindenbaur), Le Castor Astral, 2020. Lecture de Pierre Ménard
08:07
July 24, 2020
Les enténébrés, de Sarah Chiche
Alors que sa vie conjugale est bouleversée par l’arrivée d’un amant, une psychanalyste laisse resurgir son histoire familiale. Sarah Chiche  explore les failles de l’intime, de la famille, de nos héritages, et de  nos blessures enfantines. Une réflexion sombre et lucide sur l’amour qui  ne nie surtout pas le tragique de l’existence. Une plongée vertigineuse  dans toutes ces folies individuelles sur lesquelles l’immense folie de  l’humanité vient heurter, les guerres, la barbarie, la colonisation, les  migrations, les unes entrant en résonance avec les autres. Un roman  dense et troublant qui se lit comme l’assemblage d’un puzzle. Les enténébrés, Sarah Chiche, Seuil, 2019. Lecture de Pierre Ménard
14:18
July 17, 2020
Cosmétique du chaos, de Camille Espedite
Roman sombre inspiré de la littérature d'anticipation, Cosmétique du chaos pose la question de l'apparence normée et de l'appartenance à une société baignée par la surveillance de masse et la transparence. Le seul moyen de ne pas perdre son identité, dans le monde futur très proche du notre que décrit l'auteur, serait de dissimuler son visage. Pour décrire cette dictature du paraître qui s'enfonce dans la cruauté, la déshumanisation de notre société, l'auteur utilise un vocabulaire soutenu (adjectifs originaux, néologismes) qu'il enchevêtre et associe à la deuxième personne du singulier, qui transforme ce récit troublant en « prose du monde présent. » Cosmétique du chaos, Camille Espedite, Actes Sud, Collection Un endroit où aller, 2020. Lecture de Pierre Ménard
11:38
July 10, 2020
Le Scribe, de Célia Houdart
Un jeune scientifique indien ressemblant au scribe du Louvre, vient  étudier à Paris. Il apprend à déchiffrer la ville et découvre l’amour.  Le récit progresse en va-et-vient, entre sa découverte de la capitale  française et la vie de sa famille restée à Calcutta. Célia Houdart  saisit avec sensibilité et justesse, dans ce va-et-vient et les formes  de l’écriture qui s’inscrivent en filigrane (du logiciel LaTeX aux  graffitis de Restif de la Bretonne sur l’Ile-Saint-Louis ou la Place des  Vosges à Paris), la cohabitation de la beauté et de la violence du  monde (la pollution, l’inquiétude environnementale, le sexisme et les  violences faites aux femmes, les violences policières, la montée des  nationalismes). Le Scribe, Célia Houdart, P.O.L., 2020. Lecture de Pierre Ménard
11:12
July 3, 2020
J’entends des regards que vous croyez muets, d'Arnaud Cathrine
Une suite de soixante-cinq récits assez brefs, une série de croquis  saisis dans le quotidien à partir d’observations sur des inconnus  croisés au hasard à Paris ou en province. Tranches de vie, visages  volés, portraits drôles ou sombres d’inconnus se croisant et dévoilant à  leur insu des moments de leur intimité. Dans ce kaléidoscope de  sensations diverses, d’instants fugaces, un jeu de miroir vertigineux se  profile entre ces inconnus dont l’auteur devine l’histoire pour mieux  l’inventer et l’autoportrait en creux qu’il  dessine. J’entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine, Verticales, 2019 Lecture de Pierre Ménard
11:05
June 26, 2020
La Fabrique du rouge, d'Ariane Jousse
Une forêt c'est ainsi qu’Ariane Jousse désigne son premier livre, La Fabrique du rouge, entre conte, prose poétique et roman. La force de ce texte est précisément dans cette volonté d'écrire un texte au-delà des genres, qui invente son propre territoire : un labyrinthe dans lequel s’égarer, perdre ses repères, dans des chemins qui se déplacent en même temps que la marche. Une série d’errances à travers la forêt qu’est devenu le monde. Un texte poétique sur les chemins du rêve et de l'exil. La Fabrique du rouge, Ariane Jousse, Les éditions de l’Ogre, 2019. Lecture de Pierre Ménard
10:45
June 18, 2020
La Maison indigène, de Claro
En 1930, l’architecte Léon Claro, grand-père de l’auteur, fait bâtir, au pied de la Casbah d’Alger, une maison indigène qui multiplie les emprunts à diverses esthétiques orientalistes pour  parvenir à un simulacre d’authenticité. Albert Camus en tire l’un de ses  premiers textes littéraires, La Maison mauresque. Dans ce récit  composite, foisonnant d’associations, de rebonds et de détours, Claro se  lance dans une enquête poétique où s’enchevêtrent coïncidences  historiques, artistiques et familiales. Dans « les plis du temps » et le  désordre des pièces de cette maison, la révélation « que notre cerveau  et notre mémoire en savent plus long que nous. » La Maison indigène, Claro, Actes Sud, 2020. Lecture de Pierre Ménard
09:35
June 12, 2020
Comme la chienne, de Louise Chennevière
Dans ce récit fragmenté, éclaté, polyphonique, des femmes prennent la  parole, dans un nous explosé. On entend leurs voix trop longtemps  détournées ou retenues, qui s’entremêlent, pour faire entrer par  effraction dans la parole ce qui en a été toujours exclu, dire l’immense  violence et les infimes douleurs. Et comment cet intime, le corps, le  désir, la honte, appartient toujours déjà au monde, par les fantasmes,  les discours et toutes les violences qui l’ont façonné et qui le  hantent. Comme la chienne, Louise Chennevière, P.O.L., 2019. Lecture de Pierre Ménard
11:48
June 5, 2020